Question écrite n° 16813 de Monsieur le Député Sébastien CHENU (Nord - Rassemblement National) relative à la reconnaissance mémorielle des rapatriés et pieds-noirs d’Algérie publiée au Journal Officiel du 14 juillet 2026 – page 6478
Monsieur Sébastien CHENU interroge Mme la ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants sur l’absence d’une politique mémorielle cohérente et pérenne en faveur des pieds-noirs et des Français rapatriés d’Algérie. En effet, plus de soixante ans après l’exode de 1962, la mémoire des pieds-noirs demeure fragmentée entre trois registres distincts. Sur le plan commémoratif d’abord, le calendrier national reste incohérent : le décret du 26 septembre 2003 a institué le 5 décembre comme journée d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, le 25 septembre est consacré aux harkis depuis la même année et la loi du 6 décembre 2012 a ajouté le 19 mars sans jamais abroger le décret de 2003, de sorte que ces dates coexistent sans articulation claire. Cette confusion n’est pas neutre pour les pieds-noirs, puisque le 19 mars demeure pour beaucoup non la date de la paix, mais celle qui a ouvert la séquence des massacres dont ils furent les victimes, notamment lors de la fusillade de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962 et du massacre d’Oran le 5 juillet 1962. Si le Président de la République a qualifié la fusillade de la rue d’Isly d’« impardonnable pour la République » et a appelé à la reconnaissance du massacre d’Oran le 26 janvier 2022, cette parole n’a toujours pas donné lieu à une inscription de ces deux drames dans le calendrier commémoratif officiel. Sur le plan patrimonial ensuite, la mémoire des pieds-noirs repose presque exclusivement sur l’initiative associative et locale : mémoriaux d’Aix-en-Provence, de Marseille, de Nice ou de Perpignan, financés et entretenus sans véritable soutien structurel de l’État, avec pour seule initiative nationale le Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. Cette mémoire reste ainsi dispersée sur le territoire, dépendante de la vitalité d’amicales, sans politique nationale d’entretien ni de transmission aux jeunes générations. Sur le plan des sépultures enfin, la situation est particulièrement préoccupante. Plus de 500 cimetières chrétiens et israélites subsistent en Algérie, où reposent les ancêtres de centaines de milliers de Français et leur entretien dépend d’un plan de coopération franco-algérien engagé depuis 2003, dont la mise en œuvre reste partielle et dont des actes de vandalisme et de dégradation continuent d’être signalés. Dans le contexte de très forte dégradation des relations entre Paris et Alger depuis l’été 2024, il existe un risque réel que cette coopération mémorielle, déjà fragile, devienne l’otage des tensions diplomatiques entre les deux États, alors même qu’elle ne devrait dépendre d’aucune conjoncture politique. Il lui demande, en conséquence, si elle entend mettre fin à la superposition incohérente des dates commémoratives relatives à la guerre d’Algérie, si elle envisage d’inscrire les drames du 26 mars et du 5 juillet 1962 dans le calendrier national, quel soutien structurel l’État compte apporter aux lieux de mémoire dédiés aux pieds-noirs en France et quelles garanties il peut donner sur la pérennité de l’entretien des cimetières français en Algérie, indépendamment des aléas de la relation bilatérale avec Alger.
Je remercie Monsieur le Député d’avoir posé cette question écrite très importante pour la communauté rapatriée.
Serge AMORICH
Délégué national de la Fédération Nationale des Rapatriés (F N R) pour les questions de retraite
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