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En France, la magistrature est la clé du maintien du « bloc élitaire » macroniste au pouvoir.

, par  Régis de Castelnau , popularité : 7%
Cet article provient d'une source externe à NJ sans autorisation mais à titre d'information.
Bonjour Visiteur à partir du 15 juillet 2025

J’ai dit au moment de son prononcé ce que je pensais de la condamnation de Nicolas Sarkozy et surtout du fait qu’elle soit assortie d’un mandat de dépôt avec exécution quasi immédiate pour être sûr que l’ancien président de la République irait passer quelques jours en prison. Cette mesure n’avait aucune autre signification que celle de la volonté d’humilier un adversaire politique détesté. Détestation qui travaille la magistrature depuis 20 ans et qu’elle n’a de cesse que d’assouvir en multipliant à son encontre des procédures qui entretiennent très souvent des rapports très lointains avec la régularité juridique et le respect des principes. Il ne s’agit évidemment pas, et continuons de l’affirmer, de considérer que la probité de Nicolas Sarkozy est insoupçonnable ou de prétendre que sa politique fut irréprochable. En rappelant également que concernant ce dernier point, quelle que soit l’aversion que l’on puisse avoir pour ses trahisons politiques, celles-ci ne relèvent pas de l’appréciation du juge judiciaire. Les magistrats qui l’ont envoyé derrière les barreaux savaient très bien que c’était pour une période très courte en raison de la procédure d’appel. Une fois encore pour les ignares et les analphabètes, cette libération n’est ni une remise de peine ni une libération conditionnelle. Mais simplement l’application des principes fondamentaux liés à la présomption d’innocence. Bien qu’en ce qui concerne l’application de ces principes la justice française a désormais une tradition de géométrie variable assez impressionnante.

J’ai été c’est vrai, exaspéré par les différentes réactions des meutes acclamant ceux qui leur jetaient un morceau de viande avariée à déchiqueter. Y compris celles de ceux dont je partage l’aversion pour Sarkozy et le sarkozysme. Que je voyais encenser les auteurs de ce qui constitue pourtant une énorme diversion politique. Présentation risible donnant à cette justice, le beau rôle d’une indépendance judiciaire dure avec les puissants, alors qu’elle est pourtant l’acteur essentiel du coup d’État de 2017 ayant installé Macron à l’Élysée, pour ensuite soigneusement protéger la corruption qu’il véhiculait. Blague oublieuse de ce que cette magistrature, est d’abord seulement féroce avec les opposants au macronisme et en particulier les couches populaires qui font les frais de ce que l’on peut parfaitement appeler une « justice de classe ».
Mais qui s’intéresse encore à la lutte des classes ?

On ne se livrera pas ici à l’analyse sociologique, à l’origine de cette réalité. Rappelons simplement la composition très homogène d’un corps où sont surreprésentées les couches de la petite bourgeoisie urbaine, base de masse indéfectible du macronisme néolibéral. Le propos de ce texte est de revenir sur des faits et des événements qui la caractérisent.

Par exemple sur ceux qui se sont déroulés le soir de la finale 2022 de la ligue des champions au Stade de France, et dans les jours suivants. Ils constituent un révélateur exemplaire de la politique de l’État-Macron en matière de maintien de l’ordre et de la sécurité. On se rappelle que le soir du match, les supporters anglais et espagnols qui avaient fait le déplacement se sont retrouvés dans un chaos violent. Tout d’abord les autorités organisatrices ont été incapables de réguler des foules manifestement paisibles pour leur permettre de rentrer normalement dans le stade, et la police est alors immédiatement intervenue violemment à coups de matraquages brutaux et de gazages. Ensuite, ces supporters souvent venus en famille se sont fait agresser, violenter, et dépouiller par des bandes armées très organisées, issues des quartiers de la Seine-Saint-Denis. Devant le scandale international, la seule réponse de l’État français, en la personne de son ministre de l’Intérieur ostensiblement soutenu par le président de la République, a été de mentir effrontément, en insultant les ressortissants de pays étrangers amis et de nier l’existence de ces milliers de délits, voire dans certains cas de crimes. À la face de l’opinion internationale Gérald Darmanin a démontré quelle était la politique de l’État français vis-à-vis des braves gens et de la racaille. Les braves gens on les matraque et on les gaze, la racaille délinquante, on la protège. Et la justice y joue son rôle. Juste deux exemples accablants, d’abord les vidéos ont montré les multiplications de violence gratuite de la part de policiers identifiables. Y a-t-il eu alors la moindre enquête de justice pour ces violences illégitimes de représentants de l’État ? Ensuite, on a appris quelques jours plus tard que face aux milliers de témoignages et de plaintes sur les infractions des pillards, le parquet de Bobigny n’avait même pas jugé bon d’ouvrir une enquête préliminaire ! Et de demander la communication des vidéos de surveillance. Dont l’opinion publique internationale effarée, apprenait que faute de cette réquisition judiciaire, elle avaient alors été effacées ! Au point que certains se demandèrent si ce n’était pas volontaire.

On avait ici un concentré du fonctionnement du système Macron auquel la justice prête complaisamment la main. Et qui constitue pour les couches populaires une double peine. D’abord elles sont confrontées à la délinquance spécifique du lumpenprolétariat déclassé, celle qui leur pourrit la vie au quotidien, et qui fait l’objet d’une tolérance à base de complaisance idéologique et de moyens dérisoires. Et quand elles ont le malheur de redresser la tête et de protester socialement, elles sont assurées d’être brutalisées par des forces de l’ordre sans complexe et de subir la répression d’une justice zélée à protéger le locataire de l’Élysée.
Pour la justice française : les couches populaires voilà l’ennemi

Afin d’établir que ce n’est que la réalité, revenons sur la répression massive, arbitraire, violente, et méprisante dont ces couches populaires furent victimes dès le début du mouvement des gilets jaunes, taches indélébiles d’abord évidemment sur Emmanuel Macron et sur Édouard Philippe celui qui fut son factotum dans l’exécution de cette basse besogne.

Chacun sait aujourd’hui que Macron fut complètement pris au dépourvu par l’ampleur de ce qui se révéla être une révolte. Il y eut quelques jours de flottement qui aboutirent aux fameuses « concessions » du 10 décembre réclamées par les grands intérêts qui l’avaient porté au pouvoir. Puis ce fut la mise en œuvre de ce qui fut la seule réponse à ceux qui s’exprimaient : l’utilisation de la violence, policière d’abord, judiciaire ensuite. Quelques semaines après le début du mouvement, le bilan en matière de libertés était déjà consternant. Dans le silence obstiné des organisations syndicales de magistrats, accompagné par les objurgations d’un certain nombre d’éditorialistes, un pouvoir aux abois instrumentalisait une répression judiciaire sans précédent depuis la guerre d’Algérie pour tenter de mater un mouvement social. Il y eut d’abord le ministère de l’Intérieur, mettant en place une stratégie de maintien de l’ordre poussant à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Et malheureusement ensuite, la magistrature acceptant de participer à ces dérives sur l’ensemble du territoire. Ce n’était plus seulement, comme pour l’affaire Fillon, la haute fonction publique judiciaire se mettant au service de l’élection d’Emmanuel Macron mais, aux quatre coins de l’Hexagone, parquet et juges du siège utilisant ensemble des procédures d’urgence pour punir et intimider.

Le 2 décembre, les chaînes de télévision diffusèrent une séquence filmée indécente où l’on voyait Nicole Belloubet Garde des Sceaux et ancienne membre socialiste du Conseil Constitutionnel se déplacer au parquet de Paris, un dimanche, pour cravacher les procureurs et vérifier qu’ils appliquaient bien les consignes répressives. Les images montraient des personnes ravies, absolument pas choquées par cette grande première dans l’histoire de la République et manifestement désireux de complaire à leur patronne.

De tous les tribunaux remontèrent des informations sur les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon, y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, pour que les parquets basculent avec zèle dans la répression de masse. Ceux-ci, particulièrement zélés, firent procéder à des arrestations souvent préventives, par centaines et déférant également par centaines les prévenus devant les tribunaux. À l’aide de procédures de comparutions immédiates dans lesquelles, par des réquisitoires violents, ils demandaient des peines incroyablement lourdes. Et de façon consternante, la magistrature du siège accepta de rentrer dans cette logique en distribuant méthodiquement les peines réclamées. Au début du mois de janvier 2019 on pouvait déjà compter à plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus.

Tel prévenu se retrouvait condamné à six mois de prison ferme pour avoir partagé un statut sur Facebook, tel autre à 28 mois tout aussi fermes, par le tribunal correctionnel de Paris, sans avoir été défendu par un avocat. S’en plaignant à la présidente, il s’entendit répondre « que cela n’aurait rien changé » ! Il y eut des dizaines et des dizaines d’autres histoires similaires à faire froid dans le dos. Dans un département, le procureur et le préfet ne virent aucun inconvénient à organiser une conférence de presse commune pour menacer : « la justice sera impitoyable ! ». Et personne pour leur demander depuis quand était-ce les procureurs et les préfets qui jugeaient et décidaient que la justice serait impitoyable. Jusqu’à nouvel ordre, dans une démocratie, le préfet a la responsabilité du maintien de l’ordre, pas celle de rendre la justice. Dans tel autre, on apprenait que le procureur aurait organisé une forme de « comité de salut public » (!) chargé de fournir les charrettes, et on entendait que les juges du siège qui allaient juger étaient choisis sur la base du volontariat ! Naturellement les pressions se faisaient nombreuses contre les avocats qui tentaient de s’opposer à ces dérives et accomplissaient leur devoir. Gare à la fermeté, l’exigence ou la passion dans l’exercice de la défense, les plaintes du parquet s’abattaient immédiatement contre les récalcitrants. Et il y eut aussi, et ce sera un des éléments majeurs de cette crise, le refus obstiné de se pencher sur la multiplication des violences policières, et sur l’usage incroyablement excessif de la force, dont de multiples vidéos donnaient de tristes exemples. Cette impunité, manifestement délibérée et organisée fut illustrée par l’exemple des violences filmées d’un officier de police se comportant comme une brute à Toulon. Le procureur ayant pourtant visionné les vidéos du commandant Didier Andrieux permettant de constater parfaitement leur caractère inadmissible avait pourtant trouvé le moyen de se déshonorer en refusant immédiatement toute enquête au motif que le comportement du policier frappeur aurait été « proportionné ». Le préfet, gêné par l’évidence des débordements avait, lui, fait son devoir et demandé une enquête de l’IGPN.

Le soutien des juridictions à cette stratégie de violence répressive donna des ailes aux ministres les plus déplorables multipliant les menaces comme quotidiennement Christophe Castaner, Benjamin Grivreaux ou Marlène Schiappa. Celle-ci une nouvelle définition de la complicité, et exigeant des arrestations préventives. Pendant que le Premier ministre annonçait le dépôt au Parlement de projets de loi liberticides afin de casser le mouvement social. Et pour illustrer l’ampleur du mal, nous citerons Madame Noëlle Lenoir, ancienne ministre et ancien membre du Conseil d’État et du Conseil Constitutionnel, donc juriste affirmée, qui déclarait dans un tweet : « que la justice doit être réellement faite par les tribunaux dont la responsabilité est immense pour restaurer l’ordre ». Et il n’avait pas grand monde pour rappeler à cette aimable versaillaise manifestement en panique, que la mission de restauration de l’ordre est celle de l’exécutif. Pour les tribunaux c’est celle de la Justice dans le respect de la loi et des procédures.
Acclamer la condamnation de Sarkozy, plus qu’une erreur, une ânerie

Et se posait alors, lancinante, la question aux observateurs français et internationaux : comment le corps de la magistrature acceptait-t-il de devenir ainsi l’instrument de la violence d’un parti de l’ordre à ce point déchaîné ? Comment oubliait-t-il ainsi que la Justice se rend au nom du peuple français ? Il n’y avait personne pour sauver l’honneur, aucun procureur -dont la parole est libre à l’audience- pour refuser les ordres de Belloubet ? Aucune juridiction à ce moment pour se rappeler que sa mission n’était pas de rétablir l’ordre mais de rendre la justice dans le respect de la loi, quoi qu’il arrive ? Ce choix n’a pas été fait, et cette décision a laissé une trace profonde, et resteront ces propos du procureur du tribunal correctionnel de Nîmes se levant, armé de son mépris social, pour requérir, demander et obtenir l’envoi en prison d’un syndicaliste qui n’avait commis aucune violence : « plus le gilet est jaune, moins la matière grise ».

Le caractère spectaculaire des violences policières et l’attitude de la justice inquiétaient donc non seulement les avocats, mais également les journalistes étrangers commencèrent à s’émouvoir en se demandant ce qui arrivait à la France. Malheureusement le pouvoir et ses soutiens non seulement approuvaient ces dérives, mais les revendiquaient.

Il ne faudra pas oublier cette infecte séquence du 12 février 2019, ou Edouard Philippe Premier ministre de l’époque, vint à l’Assemblée nationale, y proclamer triomphalement le premier bilan de sa répression : « Depuis le début de ces événements, 1796 condamnations ont été prononcées par la justice et 1422 personnes sont encore en attente de jugement (…), plus de 1300 comparutions immédiates ont été organisées et 316 personnes ont été placées sous mandat de dépôt ». Ces chiffres ahurissants étaient non seulement assumés, mais revendiqués. Ils constituent bien la preuve que la seule réponse sérieuse du pouvoir à un mouvement social était celle d’une répression de masse. Après les violences policières à base d’amputation et d’éborgnage, Philippe était tout fier d’avoir mobilisé un appareil judiciaire enthousiaste pour faire appliquer une justice d’exception. Comment entendre sans colère, la béatification de cette même justice pour avoir embastillé Sarkozy ?

Le 23 septembre 2019 le site d’information Bastamag publia à son tour un bilan reflétant l’ampleur de la catastrophe. Selon le ministère de la Justice, plus de 3000 condamnations avaient été prononcées à cette date, dont 1000 peines d’emprisonnement ferme ! Et l’ensemble du territoire national était concerné. Début juillet 2019, environ 440 mandats de dépôt avaient été délivrés sur l’ensemble du pays. Au sein de petits tribunaux, comme celui de Boulogne-sur-Mer, 44 dossiers liés aux Gilets Jaunes avaient été étudiés entre novembre et juillet. Selon le procureur local, « la majorité concernaient des personnes majeures qui n’avaient aucun casier judiciaire ». À Tarbes, 86 personnes avaient été poursuivies. Et à Paris, principal lieu des manifestations, le parquet avait engagé des poursuites contre 626 personnes, après presque 3000 gardes à vue.

Régression renvoyant des dizaines d’années en arrière, la justice, parquets et juges du siège ensembles, avait accepté d’exécuter les ordres de l’Élysée et de la place Vendôme. Et la revendication triomphale d’Édouard Philippe de telles statistiques établissait incontestablement deux choses : d’abord pour mettre en œuvre en place cette répression féroce, il fallait disposer d’un outil judiciaire politiquement fiable qui ne lui fit pas défaut. Ensuite qu’existe entre le macronisme et la magistrature, une vision instrumentale de la justice et du pouvoir, avec le mépris du droit qui la caractérise. Tous les mouvements sociaux qui ont suivi ont bénéficié du même traitement policier et judiciaire. Il ne faut pas sous-estimer les conséquences de cette violence d’État, dans l’absence de véritable réponse populaire à la catastrophe politique qu’un président honni et ultra minoritaire inflige à notre pays.

Cette convergence instrumentale, dont la réalité ne peut être contestée que par les ignorants, trouve son origine dans une idéologie partagée avec le système dominant. Un corps sociologiquement très homogène et souvent très éloigné des réalités sociales ressent une véritable aversion pour les couches populaires dont la catastrophe des gilets jaunes a été la démonstration. Pour des raisons d’intérêts de classe et d’intérêts de corps, les magistrats ont ainsi rejoint le « bloc élitaire » qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir. Et sans que cela soit contradictoire se comporte aujourd’hui comme un système politique autonome à partir de son idéologie propre, sans qu’il soit besoin d’interventions particulières, d’ordres ou de consignes systématiques. La justice a ainsi mis en place un triptyque particulier : choix et protection d’Emmanuel Macron et de ses amis, acharnement judiciaire contre ses adversaires, et répression de masse des mouvements sociaux d’opposition à sa politique.

La justice a été une des clés de l’arrivée de Macron et de son système au pouvoir, elle est également la clé de son maintien.

Acclamer l’humiliation judiciaire de Sarkozy en se pensant adversaire de la mise en place du système illibéral autoritaire dont celui-ci poursuit la mise en place, plus qu’une erreur, est une bêtise.

Car pour paraphraser Warren Buffet : « la lutte des classes existe. Et en France, la Justice aide celle de Macron et ses commanditaires à la gagner ».

Voir en ligne : https://www.vududroit.com/2025/11/e...