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Chocolat, café, œufs : l’inflation alimentaire va-t-elle battre un nouveau record ?

, par  Mickael Lelievre , popularité : 41%
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Cet article provient d'une source externe à NJ sans autorisation mais à titre d'information.

Il y a quelque chose de particulièrement révélateur dans la séquence que nous vivons depuis quelques jours. Les négociations commerciales annuelles entre distributeurs et industriels se sont à peine achevées que les chiffres annoncés par Michel-Édouard Leclerc sur France Info ont l’effet d’une gifle : le chocolat va augmenter de 14 %, le café de 9 %, la charcuterie de 8,42 %, les œufs de 8,14 %. Des produits du quotidien, ceux que les Français mettent dans leur panier chaque semaine, qui vont renchérir sensiblement. Et ce n’est probablement qu’un début.

Le patron d’E.Leclerc ne mâche pas ses mots pour expliquer pourquoi il a cédé face aux multinationales : le rapport de force est structurellement déséquilibré. La chaîne de distribution qu’il dirige est pourtant l’une des plus puissantes de France, et il l’avoue lui-même sans détour.

« Leclerc ne pèse que 4 % du marché mondial pour une multinationale comme Nestlé. »

Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Elle dit tout de la dépendance dans laquelle la France s’est placée vis-à-vis des grandes firmes agroalimentaires mondiales. Face à un géant comme Nestlé, dont le chiffre d’affaires dépasse le PIB de nombreux États, même le premier distributeur français fait figure de client secondaire. Les industriels, selon Leclerc lui-même, « prennent leurs marges tout de suite alors qu’ils pourraient étaler ces hausses dans le temps ». Autrement dit, ils peuvent se le permettre. Et personne ne peut vraiment les en empêcher.

Le gouverneur de la Banque de France évoque l'impact de la guerre en Iran sur l'économie française https://t.co/kmQDxVsyk8 — RTL France (@RTLFrance) March 11, 2026

Une souveraineté alimentaire à l’épreuve des faits

Cette vulnérabilité commerciale se double d’une vulnérabilité géopolitique qui aggrave la situation à un moment précis. Le blocage du détroit d’Ormuz, qui conditionne le transit de 20 % du pétrole mondial et de 5 % du commerce mondial, n’était pas anticipé lors des négociations qui se sont conclues début mars. Le calendrier a trahi tout le monde, ou plutôt il a révélé l’illusion d’une planification sérieuse dans un monde aussi interconnecté.

Le prix du baril de Brent a bondi à 115 dollars le 9 mars, contre 70 dollars avant le conflit. Cette flambée se répercute en cascade sur toute la chaîne alimentaire. Un céréalier de la Vienne témoigne sans ambiguïté : « J’en avais pour 4 000 euros par plein et, à l’heure actuelle, on en a pour 7 500 euros. » Doublement du coût du carburant en quelques semaines pour un agriculteur dont les marges sont déjà sous pression structurelle depuis des années. C’est concret, c’est brutal, et c’est directement lié à notre dépendance aux marchés énergétiques mondiaux.

Les engrais azotés, indispensables à l’agriculture intensive européenne, sont fabriqués à partir de gaz naturel dont une part significative vient du Golfe Persique. Lorsque les routes maritimes se ferment, l’offre se réduit et les prix s’envolent. La tonne de blé a franchi la barre des 200 dollars le 9 mars. Le colza dépasse les 519 euros. Ce sont les fondations mêmes de notre modèle alimentaire qui vacillent sous l’effet d’une crise qui se joue à des milliers de kilomètres de nos frontières.

Rodolphe Saadé, patron de la CMA CGM, confirme de son côté que l’acheminement des conteneurs est « bouleversé depuis le début de la guerre ». Chaque conteneur bloqué représente un surcoût de 1 000 dollars. Les marchandises venant d’Asie doivent désormais transiter par camion ou par train, avec des frais logistiques supplémentaires qui se répercuteront inévitablement sur les prix finaux.

US inflation held firm at 2.4% last month – but the war with Iran has consumers bracing for price hikes. https://t.co/8gYdgI741A — CNN Breaking News (@cnnbrk) March 11, 2026

Des contrats déjà obsolètes

Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que les accords signés début mars ne valent déjà plus grand-chose. L’expert Sylvain Zaffaroni le dit clairement sur RMC-BFMTV : « Les négociations n’entérinent pas les prix pour les 12 prochains mois. » Les industriels vont revenir frapper à la porte des distributeurs pour réclamer des renégociations à la hausse. Les contrats, à peine signés, sont déjà en sursis. C’est l’aveu d’un système de fixation des prix qui ne fonctionne plus dès lors qu’une perturbation géopolitique majeure intervient.

Les agriculteurs, quant à eux, pourraient anticiper la hausse des engrais en relevant dès maintenant leurs tarifs. Ce serait rationnel de leur part, comment leur reprocher de se protéger face à l’incertitude ?, mais ce serait une nouvelle spirale que les consommateurs français absorberaient dans leurs achats quotidiens.

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, tente de modérer l’inquiétude en déclarant que cette crise signifie « économiquement un peu plus d’inflation et un peu moins de croissance », récusant le terme de stagflation. Il souligne que la production nucléaire française limite l’impact énergétique, contrairement à la crise du gaz de 2022. C’est juste, et il faut le reconnaître : l’atout nucléaire de la France constitue, dans ce contexte, un amortisseur réel. La dépendance française au gaz russe qui avait amplifié le choc de 2022 ne joue pas ici dans les mêmes proportions.

Reste que la leçon de fond est implacable. Nous avons construit un modèle alimentaire et industriel dont les nerfs vitaux, énergie, matières premières, logistique, multinationales, échappent largement à notre maîtrise nationale. Chaque crise géopolitique le rappelle avec la même brutalité. Et à chaque fois, ce sont les mêmes Français, ceux qui remplissent leur caddie au supermarché, ceux qui cultivent leurs champs et ceux qui chauffent leur four de boulanger au fioul, qui en absorbent le choc le plus directement.

Si les premières hausses massives ne doivent être visibles en rayons qu’à partir de mai ou juin 2026, le temps presse pour une réflexion sérieuse sur la robustesse de notre appareil productif face aux turbulences d’un monde décidément peu enclin à se stabiliser.

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