Lors d’un entretien accordé à BFM Business , Roland Lescure s’est voulu rassurant en expliquant que l’économie française « résiste » actuellement, alors même que l’OAT(obligations assimilables du Trésor) est en hausse, désormais autour de 3,80 %.
Pourtant, le ministre de l’Économie invite à « regarder les faits ». Mais encore faut-il que ceux-ci collent à la réalité. Car lorsqu’on se penche sur les données de l’INSEE, l’inflation repart à la hausse, à 2,2 % sur un an en avril 2026, soit la plus forte progression annuelle depuis juillet 2024. Le taux de chômage , lui, atteint désormais 8,1 %, soit son niveau le plus élevé depuis le premier trimestre 2021. On est donc très loin du discours du président Macron sur le « plein emploi » régulièrement mis en avant ces dernières années. Et pendant ce temps, la dette publique continue de s’accumuler : 115,6 % du PIB au quatrième trimestre 2025.
Malgré cela, Roland Lescure affirme qu’il n’y aurait « ni récession, ni stagflation en France ». Pour rappel, une stagflation est « une situation dans laquelle l’économie souffre simultanément d’une forte inflation et d’une croissance faible, voire nulle ». Certes, l’inflation n’est pas encore à un niveau suffisamment élevé pour parler de stagflation au sens strict. La situation économique actuelle en France présente néanmoins plusieurs de ses caractéristiques, puisqu’au premier trimestre 2026, la croissance économique s’établit à 0,0 %. Cela ressemble davantage à une économie qui patine qu’à une économie qui « résiste ».
Le ministre de l’Économie ajoute également que la résistance de l’économie française s’expliquerait notamment par les « stabilisateurs automatiques », en particulier la hausse du SMIC, qui viendrait soutenir la consommation.
Cette vision mérite d’être largement nuancée. Même avant cette nouvelle revalorisation, le SMIC a déjà progressé plus rapidement que le salaire médian sur les dix dernières années. Résultat : la revalorisation automatique du minimum légal tend surtout à rapprocher la base de la distribution salariale des salaires médians, sans pour autant enrichir l’ensemble des salariés.
Par ailleurs, le nombre de salariés rémunérés au SMIC a augmenté, ce qui traduit moins une dynamique globale d’enrichissement qu’une compression progressive de la structure salariale. Dans ce contexte, l’idée selon laquelle chaque hausse du SMIC se traduirait mécaniquement par une amélioration du pouvoir d’achat et de la consommation globale apparaît très simplificatrice. À très court terme, certaines catégories peuvent effectivement y gagner. Mais à l’échelle macroéconomique, l’effet est loin d’être aussi évident.
Cet entretien donne surtout le sentiment d’un discours qui cherche à minimiser les signaux d’alerte. Pour les plus anxieux d’entre nous, cette stratégie peut sembler « rassurante ». Mais le plus important ici est de connaître la réalité des chiffres, qui est loin d’être positive.
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