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Kafka, Jarry et Orwell dépassés par la réalité.

, par  NEMO , popularité : 9%
NJ-Ile de France

Un voyage dans la France qui va à fond les ballons dans le mur, en klaxonnant !

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Je n’ai pas l’habitude de vous raconter ma vie, mais il se trouve que je devais me rendre impérativement la semaine dernière à Caen, depuis l’ouest parisien dans lequel j’habite. L’autoroute A13, comme chacun sait, était bloquée à hauteur de Mantes-la-Jolie par des paysans remontés comme des pendules, à juste titre, contre les mesures kafkaïennes imposées prétendument par la tête de turc « Union Européenne », derrière il est si commode à une oligarchie irresponsable de s’abriter. N’écoutant que ma témérité, je décidai donc de me lancer dans l’inconnu en m’aventurant sur les routes départementales susceptibles de m’amener à destination. Hé bien figurez-vous que je ne me suis pas encore remis de cette expérience traumatisante. Je vous raconte.

Parti à l’aube, sous un crachin épais, mon épouse me lisant, telle une copilote du Dakar, le roadbook qu’elle avait elle-même établi, nous réussîmes à atteindre Évreux, première étape de notre périple, sans autres incidents notables que quelques erreurs de navigation dues à l’absence de signalisation à des carrefours stratégiques, et un état légèrement nauséeux à force de tourner autour des innombrables ronds-points, à la circonférence aussi étendue qu’un vélodrome olympique, qui agrémentaient notre parcours. Puis ce fut la départementale D613 entre Évreux et Caen, objet de ma tribune de cette semaine.
Je tiens d’abord à préciser que cette route départementale, que Jean Yanne haïssait (moi aussi depuis), est d’une facture tout-à-fait correcte, sans nids de poule, asphalte impeccable, marquage au sol fraîchement repeint, panneaux de signalisation comme neufs, rien à dire de ce côté-là. La chaussée est à trois voies. Le principe : deux voies matérialisées au sol dans un sens, pendant 700 mètres (c’est écrit sur les panneaux), une seule voie dans l’autre sens, et on alterne, ce qui permet de dépasser un véhicule lent quand vous êtes dans le bon sens. Toujours rien à dire, encore que les portions auraient pu être un peu plus longues. Où cela devient pénible, c’est que la vitesse limite autorisée est de 90km/heure sur la deux voies, mais seulement à 80 km/heure sur la voie unique. Et où cela devient vraiment crispant, c’est que, pour vous faire respecter les limitations, ont été installés une noria de radars (j’en ai compté 4 sur 20km à la sortie d’Évreux), et, vous l’aurez deviné, sur les portions à 80 km. Le parfait piège à cons. Certains esprits petit-doigt-sur-la-couture-du-pantalon m’objecteront qu’il est pertinent de rouler moins vite sur une voie que sur deux voies, et qu’il est louable que les « autorités » se préoccupent de faire respecter des réglementations dont l’unique but est de préserver la vie des automobilistes, de leurs passagers, d’éventuels piétons, cyclistes, trottinettistes, animaux domestiques ou sauvages qui fréquenteraient ces voies. Admettons.

Sauf que, quand vous vous rendez-compte que la route est truffée de radars, vous passez votre temps alternativement le nez sur le compteur, à manipuler votre limiteur de vitesse, ou le regard vers le bas-côté, pour repérer un éventuel radar. La circulation, les autres usagers, la configuration de la route, ne sont plus prioritaires… Tout le contraire d’une vraie politique de sécurité ! Sans compter qu’alterner accélérations et freinages n’est pas très écologiquement correct. La meilleure preuve que cette histoire de limitations de vitesse est de l’enfumage à grande échelle, c’est que quand avant Lisieux, on change de département, pour passer de l’Eure (chef-lieu Évreux) au Calvados (Caen), la vitesse sur la même départementale, mais cette fois non plus à trois voies mais seulement à deux, et avec beaucoup plus de virages, est limitée à, tenez-vous bien, 90km/heure… Au cas où vous l’ignoreriez, dans un pays centralisé tel que la France, ce sont les services de voirie départementaux qui déterminent la vitesse autorisée sur les routes du même nom ! Et vous devrez savoir aussi que les préfets sont jugés entre autres sur le nombre de PV d’excès de vitesse que leur département « produit ». A croire que le préfet du Calvados dispose de plus de sources de revenus que celui de l’Eure. Quant à la sécurité des Français, croyez-moi, c’est le cadet de leurs soucis.
Une anecdote personnelle pour confirmer : il y a quelques mois, franchissant la limite de la Haute Saône (je crois), où la vitesse autorisée sur route est de 90, j’ai pris une amende en haute marne, où la vitesse était restée à 80, par un radar installé à quelques centaines de mètres de la « frontière ». Ubu n’aurait pas fait mieux.

Vous me direz que tout cela n’est pas bien grave, qu’il y a des choses beaucoup plus importantes à régler, et vous aurez tort. Ce sont des exemples comme celui-là, pris entre mille, ces petites choses qui, à force d’envahir notre quotidien, de pourrir la vie de tous et de chacun, vont finir par faire exploser la cocotte-minute. Les paysans, en se soulevant avant tout contre les oukases des malades qui nous gouvernent, sont l’avant-garde d’une révolte qui pourrait très, très mal finir pour nos tourmenteurs… C’est du moins ce qu’on espère tout bas sans le dire tout haut.