Mercredi 20 mai, Bruno Le Maire , ancien ministre de l’Économie et des Finances, était l’invité de l’émission Face à Face d’Apolline de Malherbe. La journaliste l’a interpellé sur la question de la dette publique. « J’assume toutes mes responsabilités sur la dette » a-t-il affirmé sans sourciller. Plusieurs semaines auparavant, M. Le Maire avait été confronté au même sujet dans C à vous : « Ce qui compte pour moi, c’est qu’on chasse la dette plutôt qu’une chasse à l’homme (…) Tout le monde sait que le problème de la dette, c’est un problème de retraites ». Ce serait donc « un échec collectif ».
Celui qu’on nomme parfois « l’homme aux mille milliards de dette », certes abusivement, est pourtant peu crédible lorsqu’il tente de défendre son bilan budgétaire. Lorsqu’il était aux commandes en tant que ministre de l’Économie, la dette est passée de 97 % à 114 % du PIB . Bruno Le Maire rappelle toutefois certaines réformes favorables aux entreprises, à l’investissement et aux économies : baisse de l’IS de 33,3 % à 25 % , flat tax sur les revenus du capital, baisse de l’impôt sur les ménages (un point très discutable ), réforme de l’assurance chômage… Mais elles n’ont jamais été accompagnées d’une remise en cause du périmètre de l’État-providence.
Plus révélateur encore : l’ancien ministre refuse les boucs émissaires, mais lui-même n’a pas hésité à pointer du doigt les chefs d’entreprise expatriés ou les GAFAM . À défaut de pouvoir mettre en œuvre les réformes les plus urgentes pour réduire le poids de la dette publique, il aurait pu au moins les défendre. Elles sont bien connues : introduction de la capitalisation dans notre système de retraites ; privatisation de l’assurance maladie, de l’assurance chômage et de l’audiovisuel public ; réduction des effectifs de la fonction publique ; suppression des ministères hors régalien, des agences et des comités Théodule ; baisse des prélèvements obligatoires ; suppression de la plupart des aides et des niches fiscales… Il ne l’a pas fait. M. Le Maire aurait également pu démissionner devant autant d’immobilisme , mais il ne l’a pas fait non plus. C’est peut-être ce qu’il y a de plus frappant dans ce genre de débats : ceux qui ont contribué à porter la dette publique à des niveaux historiques continuent de se présenter comme les gestionnaires raisonnables d’un système qu’ils n’ont jamais eu le courage de réformer en profondeur.
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