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Bastiat, le La Fontaine de l’économie

, par  Raphaël Krivine , popularité : 78%
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Cet article provient d'une source externe à NJ sans autorisation mais à titre d'information.

Tout Français attaché à la liberté, qui découvre les textes de Bastiat, subit en général trois réactions en chaîne : La séduction : « ses raisonnements sont implacables et toujours d’actualité”, comme sa formule sur l’Etat, « cette grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». L’incrédulité : “Pourquoi n’en ai-je jamais entendu parler en France ?” C’est l’anecdote du professeur Florin Aftalion qui racontait avoir découvert Bastiat sur le tard lors d’un séjour aux USA. La mobilisation : « je dois le faire découvrir ! ». J’avais ainsi préparé des copies d’extraits de Bastiat et les avais envoyés sans succès… à Fabrice Luchini au théâtre où il jouait en espérant que cela retiendrait son attention et qu’il le déclamerait dans l’un de ses spectacles.

Le relatif anonymat dans son propre pays de Frédéric Bastiat a été déjà souligné. Son libéralisme dérangeait déjà au XIXe siècle dans un pays qui penche vers l’interventionnisme et le colbertisme. L’influence marxiste puis keynésienne l’ont marginalisé dans les programmes scolaires et universitaires. Aux Etats-Unis , en revanche, ses textes ont été traduits et popularisés tôt.

Pour présenter Bastiat à des Français qui ne le connaissent pas, j’aime dire qu’il est à l’économie ce que Jean de La Fontaine est à la poésie. Je découvre que je suis loin d’être le seul à établir ce parallèle !

Il ressort tout d’abord qu’un certain Louis Leclerc, probable collaborateur ou proche du cercle de Bastiat le désignait lui-même comme le « La Fontaine de l’économie », d’après une anecdote citée par R. de Fontenay dans sa notice sur la vie et les écrits de Frédéric Bastiat précédant les œuvres complètes de ce dernier[i].

Ensuite, le professeur de littérature Antoine Compagnon, de l’Académie française, spécialiste de Proust, évoque Frédéric Bastiat en termes élogieux dans son essai pétillant La littérature, ça paye ! paru en 2024 (Les Équateurs) et établit sa filiation avec La Fontaine.

Antoine Compagnon défend la littérature comme le complément indispensable à l’apprentissage dans toutes les filières d’enseignement. La littérature (il dit aussi lettrure) permet “une meilleure compréhension des hommes et des choses” ; la culture et en particulier la littérature donne le recul par rapport à l’exercice de son travail, la hauteur, le « flair » pour faire face à des univers en perpétuelle mutation. « On ne sait pas la finance si on n’a pas lu la Comédie humaine ».

Selon Antoine Compagnon, « les ingénieurs, les médecins, les avocats, tout le monde est meilleur quand on sait raconter des histoires ». il ajoute « en économie, en sociologie, la maîtrise du récit importe, mais l’invention d’images, le façonnage de métaphores est l’essentiel ». Compagnon cite plusieurs grands économistes et sociologues doués de lettrure… dont Frédéric Bastiat ! Selon l’académicien, il « était un économiste à l’écoute de la langue, un idéologue doué de lettrure ».

Derrière le sophisme de la vitre cassée, “il y a bien entendu le fameux apologue de Bernard Mandeville”, la Fable des abeilles, l’un des textes fondateurs de la pensée libérale selon Friedrich Hayek. Et Compagnon insiste sur le lien entre Mandeville et Jean La Fontaine, en soulignant que Mandeville fut traducteur des fables du génial homme de lettres français !

D’ailleurs, l’œuvre de Bastiat comporte des références à La Fontaine.

– Dans le chapitre V de la 1ère série des Sophismes économiques, nos produits sont grevés de taxes, Bastiat termine par une citation de la fable de La Fontaine La Belette entrée dans un grenier  : “Et ne confondons pas, pour trop approfondir, leurs affaires avec les nôtres.”

– Dans Sophismes économiques, 2e série, « Physiologie de la Spoliation », Bastiat l’emploie pour illustrer ceux qui ne tirent pas les leçons de leurs erreurs. « Malheureusement, il arrive souvent que les spoliés eux-mêmes, après avoir longtemps rêvé, ne sauraient souffrir d’être toujours Gros-Jean comme devant. C’est que, pendant que le gouvernement déploie tant d’habileté, le peuple n’en montre guère ». Il rapproche cela du dernier vers de La Laitière et le pot au lait : « Je suis Gros-Jean comme devant ».

Un autre universitaire s’est intéressé au style de Bastiat. Un Australien qui s’est établi par la suite aux Etats-Unis ! Il s’agit de David M. Hart (né le 22 juin 1957), historien spécialiste en particulier des libéraux français du XIXe siècle. Lui aussi a remarqué le lien entre Bastiat et La Fontaine.

Hart montre[ii] comment « l’économiste a su mobiliser la littérature de manière créative et spirituelle ». Selon lui « le journalisme économique produit par Frédéric Bastiat à cette époque figure parmi les plus remarquables qui aient jamais été écrits et demeure, aujourd’hui encore, un modèle pour les économistes. Sa connaissance tant de la culture savante que de la culture populaire française et de leur littérature respective était étendue : il puisait aussi bien aux pièces de Molière et aux fables de La Fontaine à un extrémité du spectre, qu’aux chansons à boire politiques et aux poèmes de Béranger à l’autre. » Il ajoute « Bastiat fit preuve d’une grande habileté dans la création de formes nouvelles destinées à populariser les idées économiques : dialogues, courtes pièces de théâtre, fausses lettres, pétitions fictives adressées aux autorités, contes ou fables économiques, parodies d’œuvres classiques, récits utopiques ou dystopiques projetés dans l’avenir, ainsi que des poèmes satiriques.”[iii]

Bref Il y a ce qu’on voit (Frédéric Bastiat le grand économiste), et il y a ce que l’on voit moins … Le grand homme de lettres !

[i](https://fr.wikisource.org/wiki/Œuvres_complètes_de_Frédéric_Bastiat/Notice_sur_la_vie_et_les_écrits_de_Frédéric_Bastiat )

[ii] In «  Bastiat’s use of literature in defense of free markets and his rhetoric of economic liberty

[ii]

publié en 2015 source http://davidmhart.com/liberty/Papers/Bastiat/FrenchLiterature/DMH_BastiatFrenchLiterature.html

[iii] Traduction IA Grok

L’article Bastiat, le La Fontaine de l’économie est apparu en premier sur Contrepoints .

Voir en ligne : https://contrepoints.org/bastiat-le...




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