Interview imaginaire avec Xénophon
Xénophon (vers 430-354 av. J.-C.) : Athénien, disciple de Socrate, militaire accompli (il participa à l’expédition des Dix Mille en Perse, qu’il relata dans l’Anabase), exilé de sa cité natale après avoir combattu aux côtés des Spartiates. Installé sur un domaine à Scillonte près d’Olympie (environ 20-30 hectares), il y vécut en gentleman-farmer et y composa la plupart de ses œuvres, dont L’Oeconomicus, vers 362 av. J.-C., 1er ouvrage connu sur l’économie domestique et le management.
Voici son interview posthume !
Xénophon, tes idées sur le management des hommes restent étonnamment vivantes. Peux-tu-nous expliquer les principaux concepts que tu as développés ?
Xénophon : Volontiers. Dans mon ouvrage , j’ai voulu montrer que gérer un domaine – ce que vous appelez aujourd’hui une entreprise – repose sur deux formes d’efficacité. L’efficacité statique consiste à préserver les ressources et à éviter tout gaspillage : c’est pourquoi j’ai écrit que l’œil du maître engraisse le bétail (cf citation complète ci-dessous, chapitre XII, § 20). Sans la vigilance personnelle du responsable, la négligence prend le dessus : outils, bétail et tâches se dégradent. L’efficacité dynamique, elle, va plus loin : il faut accroître la richesse par la créativité, le commerce et la division du travail selon les talents. La propriété privée est le moteur essentiel : seul celui dont les intérêts sont directement engagés veille avec diligence. Enfin, le management des hommes exige de motiver, de faire preuve de bienveillance, de savoir octroyer des récompenses, de former pour déléguer, et surtout de susciter une obéissance volontaire fondée sur le respect mutuel. La contrainte pure ne produit que des serviteurs médiocres ; la confiance produit des partenaires.
« Le roi de Perse venait d’acheter un superbe cheval ; voulant lui donner au plus tôt de l’embonpoint, il demande à un habile écuyer le moyen de l’engraisser en peu de temps. « L’œil du maître, » répondit celui-ci. Ce mot s’applique à tout. Avec l’œil du maître, tout s’embellit et prospère. »
En 2026, dans quelles théories modernes te reconnais-tu ?
Xénophon : Je me retrouve pleinement dans ce que les penseurs d’aujourd’hui appellent le leadership transformationnel et le management par la présence (le management baladeur ou management by wandering around). Mes principes – vigilance personnelle, motivation intrinsèque, délégation – sont ceux que l’on retrouve chez les meilleurs praticiens du management contemporain. Le président argentin, Javier Milei, m’a même cité à Davos en 2026 comme précurseur de l’efficacité économique et de l’entrepreneuriat ! On parle aujourd’hui d’« extension des possibilités de production » : c’est précisément ce que je décrivais il y a 2 400 ans en insistant sur l’initiative créative plutôt que sur la simple conservation. Je suis, en somme, le premier à avoir écrit un véritable manuel de management des hommes et des ressources.
Sur la place des femmes, tu serais très critiqué aujourd’hui. Une lecture moderne de tes propos est-elle possible ?
Xénophon : Je comprends évidemment la critique : j’écrivais dans une société où l’épouse était juridiquement sous la tutelle de son mari. Mais relisez-moi attentivement. Dans L’Oeconomicus, j’ai fait d’Ischomaque un modèle qui forme son épouse dès le mariage pour qu’elle devienne une véritable partenaire autonome. Il lui enseigne l’inspection des stocks, l’organisation des tâches, les récompenses et les sanctions. Elle devient la « gardienne » et la dirigeante du foyer intérieur, avec autorité et responsabilité égales à celles du maître à l’extérieur. Elle contribue pleinement à la prospérité du couple. Ce n’est pas une subordination passive : c’est une collaboration active. Dans le contexte de mon époque, c’était déjà une avancée remarquable.
Merci, Xénophon. Tes paroles, vieilles de plus de deux millénaires, vont être « likées » !
Xénophon : Le bon sens en matière d’économie et de management traverse les époques.
L’article « Le président argentin, Javier Milei, m’a cité à Davos en 2026 comme précurseur de l’efficacité économique et de l’entrepreneuriat » est apparu en premier sur Contrepoints .
