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Une victoire sanglante et fragile : comment Kidal a été prise par Wagner

, par  Loup Viallet , popularité : 9%
Cet article provient d'une source externe à NJ sans autorisation mais à titre d'information.

Combien de temps Kidal restera-t-elle aux mains de la junte de Bamako et de ses alliés ?

Kidal, bastion des Touareg et ville-symbole de l’opposition à la junte malienne vient d’être conquise. Dans un communiqué victorieux, le Conseil National de Transition (nom du gouvernement de la junte malienne) évoque un « moment historique et mémorable de l’histoire du Mali » et « une victoire nette et sans bavure ». La prise de Kidal revêt un intérêt stratégique indéniable pour la junte et pour les Wagner, qui souhaitent éliminer toute résistance à l’expansion de leur mainmise au Sahel. Cependant cette victoire n’a pas été « sans bavure » et le « moment historique » pourrait ne pas durer.

Les faits : déroulé de l’attaque

Hier mardi 14 novembre, aux environs de deux heures de l’après-midi, 500 mercenaires russes de Wagner accompagnés de forces armées maliennes sont entrés au nord de la ville sur une trentaine de véhicules blindés de marque chinoise avec une gestuelle et des slogans de libérateurs.

Le combat aurait duré deux heures. C’est la bataille aérienne qui a été décisive : le pilonnage de la ville a été opéré par des avions de chasse, cinq hélicoptères MI 24, trois drones turques bayraktar BT2 et une dizaine de petits drones kamikazes iraniens téléguidés par les mercenaires de Wagner. Tous les pilotes seraient des Russes.

La démultiplication des frappes aériennes a provoqué le repli des mouvements du Cadre Stratégique Permanent (CSP) en charge de la défense de la ville.

Une victoire sanglante : les exactions continuent

Une vingtaine de civils, dont des femmes et des enfants auraient été tués par ces attaques aveugles. Plusieurs véhicules transportaient des familles en fuite vers l’Algérie auraient été pris pour cible par des avions des forces armées maliennes.

Depuis la prise de Kidal, de nombreux témoins locaux rapportent une multiplication des frappes de drones sur des hameaux Touareg proches de Kidal.

Certains noms de civils sont déjà connus : ainsi Ouguenat Ag Telelé (commerçant), sa petite fille de quatre ans (nous ignorons son nom) et Awinane Ag Achkounine (étudiant en psychologie) ont perdu la vie hier soir à Tekankante, localité située à 45 km au nord de Kidal lors d’une attaque de drone. A Kidal, de nombreux pillages sont aussi rapportés.

Une victoire des Wagner saluée par le Burkina Faso

L’issue de cette attaque n’aurait pas été possible sans le soutien décisif des mercenaires Wagner (qui selon des sources locales représentaient 80% des éléments entrés hier à Kidal) ni sans l’aide de soldats du Niger et du Burkina Faso présents dans le QG des opérations des Forces Armées Maliennes de la région de Gao, en appui à la stratégie. L’ancienne base de la MINUSMA n’aura pas tardé à trouver un nouvel emploi.

Dans un communiqué en date du 14 novembre le gouvernement de la junte du Burkina Faso, qui participe à l’alliance Liptako-Gourma, s’est réjoui de la « libération de Kidal », cependant la junte nigérienne n’a encore pas manifesté son soutien publiquement.

Une question se pose aussi, celle de la contribution du gouvernement algérien à la prise de Kidal. Sans leur appui, l’arrivée des Wagner et des FAMa par le nord de la ville aurait-il été possible ?

Pour de nombreuses sources, l’intervention des mercenaires russes a surtout pour objectif de s’emparer des sites d’orpaillage contrôlés jusqu’à présent par les mouvements du CSP, notamment à Tessalit et à Kidal. Il s’agirait là du deal qu’ils auraient conclu avec la junte de Bamako.

Une victoire à la pyrrhus : la guérilla ne fait que commencer

La junte malienne et ses alliés de Wagner et de l’alliance Liptako-Gourma pourront-ils maintenir durablement leur contrôle sur Kidal ? Depuis le départ de Barkhane, les Wagner et les FAMa se livrent à un massacre systématique des Touareg : il leur sera impossible de s’attirer les sympathies de la population ou d’imposer le narratif d’une libération.

En outre, il est difficile de savoir comment réagiront les Touareg issus de corps constitués des juntes alliées du Mali, notamment au Niger où de nombreux Touareg sont membres de la gendarmerie. Enfin, si Kidal a été prise, les combattants Touareg du CSP n’ont pas été défaits. Il faut s’attendre à des tentatives de reconquête.

La guérilla ne fait que commencer.

Voir en ligne : https://www.contrepoints.org/2023/1...