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Essonne : la triste déliquescence d’un département qui mériterait mieux

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Cet article provient d'une source externe à NJ sans autorisation mais à titre d'information.

Au sud de Paris, le département de l’Essonne fait rarement parler de lui dans les médias, sinon dans les rubriques Faits divers et Justice. La faute aux affaires visant les élus – de tous bords – et à une politique de la ville malheureuse. Pourtant, avec une meilleure gestion, le département pourrait se départir de ses freins.

Évry-Courcouronnes, Corbeil-Essonnes, Massy, Savigny-sur-Orge, Viry-Châtillon, Grigny, Étampes, Boissy-le-Sec… Les « grandes » villes de l’Essonne ne font pas rêver.

Pourtant, à en croire le conseil départemental , l’Essonne a des atouts dans sa poche :

« Avec 437 607 emplois et 62 476 entreprises, l’Essonne est un territoire dynamique du sud francilien, bénéficiant d’un tissu économique diversifié. Les activités de commerce et de services – notamment le fret, la logistique et la construction – concentrent plus de 82 % des emplois et 80 % des entreprises. L’Essonne accueille de nombreuses PME, de grandes entreprises (Alcatel-Lucent, Safran/SNECMA, Renault, Carrefour, Sanofi Aventis, Thalès, Danone, Arianespace…) et d’importants organismes de recherche (CEA, CNRS…). »

Alors, qu’est-ce qui cloche ?

Grigny, symbole de la pauvreté en France

La réalité du terrain éclipse vite les données macroéconomiques avancées par le conseil départemental.

Surtout parce que l’Essonne compte plusieurs villes parmi les plus pauvres de France, à commencer par Grigny, en tête du classement national. Selon l’Observatoire des inégalités , 44 % de la population de Grigny vivent sous le seuil de pauvreté, 3999 ménages vivraient même avec un revenu mensuel inférieur à 655 euros. Derrière Grigny suivent Corbeil-Essonnes (27 %), Évry-Courcouronnes (24 %) et Ris-Orangis (23 %).

La situation catastrophique de ces villes périphériques ne semble pas trouver d’issue : avec un taux de chômage (9 %) au-dessus de la moyenne nationale, les problèmes s’accumulent dans ces zones urbaines.

À commencer par l’insécurité et la délinquance , dont les chiffres sont en hausse.

À Grigny, les forces de police et de gendarmerie ont enregistré 1459 crimes et délits en 2022 contre 1205 en 2021, soit une hausse de 21,1 % en un an. L’origine du mal est connu : la politique d’urbanisation catastrophique des années 1960-1970 a laissé en héritage des barres de HLM, de « grands ensembles devenus des machines à misère » comme les nomme un excellent reportage de France Culture .

À Grigny, Philippe Rio, le maire actuel (PCF), fait de son mieux pour trouver des solutions, à commencer par réduire la fracture numérique de sa commune.

Car pour chercher un emploi, il faut passer par Internet :

« Des médiateurs numériques vont être mis à disposition dans différentes instances de la ville pour pouvoir accompagner celles et ceux qui ont des difficultés avec le numérique. C’est une remise en cause de nos partenaires publics, nous devons faire plus d’humain pour mieux les accompagner et gagner en autonomie. »

Mais tout le monde le sait : la route du redressement sera longue, tant les élus locaux, à commencer par les maires, se sentent abandonnés des plus hautes sphères de l’État.

Petites brouilles entre amis

En effet, le problème pour ces maires, c’est qu’ils ne peuvent pas compter sur l’État et sur leurs représentants au Sénat.

Les prochaines élections sénatoriales donnent un bon aperçu de cette baronnie qu’est devenu le département de l’Essonne pour les figures politiques locales. La constitution des listes électorales en est le meilleur exemple. Autrefois alliés, la droite et le centre partent cette fois plus divisés que jamais. Deux listes Les Républicains (LR) et une liste Union des démocrates indépendants (UDI) s’engagent donc dans la bataille : Jean-Raymond Hugonet (apparenté LR) et Laure Darcos (LR) n’ont pas réussi à accorder leurs violons, tandis que l’inoxydable Vincent Delahaye (UDI) est reparti pour un tour, avec Jocelyne Guidez en nº2 sur sa liste.

Pourtant, les ténors de la droite et du centre du département avaient appelé à l’unité. François Durovray (président du conseil départemental, LR), Jean-Philippe Dugoin-Clément (vice-président de la région Île-de-France, UDI), Jean-Marie Vilain (maire de Viry-Châtillon, centriste) ou encore Sophie Rigaut (maire de Saint-Michel-sur-Orge, LR) soutenaient une candidature commune. Ils n’ont pas été écoutés, la guerre d’egos a dicté sa loi. Les « barons » ne comptent pas passer à la trappe, à commencer par Vincent Delahaye, conseiller général en 1992, maire de Massy entre 1995 et 2017, sénateur depuis 2011. Ce professionnel de la profession compte donc bien rempiler au Palais du Luxembourg.

Pour lui comme pour d’autres, les ambitions personnelles semblent plus importantes que le souci de l’intérêt des collectivités qu’ils sont censés représenter. Dans les coulisses du Sénat, le sort de l’Essonne est aujourd’hui résumé par des petites phrases bien senties : « Ça va être une vraie boucherie », « Une partie de poker menteur »… Dommage, les Essonniens auraient vraiment besoin d’autre chose.

Le clientélisme comme pratique politique

Après les petites brouilles entre amis, voici les petits arrangements entre amis. Et là aussi, le département compte quelques exemples notoires.

Évidemment, le plus connu de tous concerne Corbeil-Essonnes, fief du « système Dassault ». Le 17 mai 2022 a sonné le glas du système clientéliste le plus extravagant de l’Île-de-France.

Serge Dassault, ancien maire, et plusieurs membres de son entourage ont finalement été condamnés par la Cour d’appel de Paris à plusieurs mois de prison avec sursis et surtout à cinq années d’inéligibilité. Achats de voix, complaisance avec les associations communautaristes… le système mis en place ne reculait devant rien. En 1995, après la réélection de Serge Dassault à la mairie avec 170 voix d’avance, son adversaire malheureux Bruno Piriou (PCF) avait déposé un recours devant le Conseil d’État : « M. Dassault a usé de sa fortune personnelle pour faire pression sur les électeurs, n’hésitant pas à leur remettre des sommes d’argent afin de les influencer. »

Il aura fallu plus de 25 ans pour faire tomber la forteresse.

Le cas de Corbeil-Essonnes a jeté le discrédit sur les maires du département. Ces dix dernières années, plusieurs pratiques municipales ont été mises en cause, ou du moins placées sous le sceau du soupçon.

À Bouray-sur-Juine, en 2014, l’ancienne maire et sénatrice PS Claire-Lise Campion avait alors été questionnée sur l’utilisation faite de sa « réserve parlementaire », destinée à financer des projets de son choix.

La même année, à Massy, les élections municipales avaient laissé un goût amer à la candidate PS défaite au second tour, Hella Kribi-Romdhane : « Il faut relativiser le score de 67 % de Vincent Delahaye. Il n’est possible que parce que les électeurs ne se sont pas déplacés (44 % d’abstention). Et puis il y a le rejet de la politique gouvernementale et un système de clientélisme que monsieur le maire a mis en place à Massy ».

Dans les journaux de la région, les affaires et les accusations pour clientélisme sont devenues monnaie courante.

Le bilan des 30 dernières années n’est donc pas glorieux pour les grandes figures du 91. Le renouveau du paysage de l’Essonne ne se fera que par les urnes. Car le département compte – à droite comme à gauche – de nouvelles figures montantes qui ne rêvent que de briser les systèmes en place, pour remettre les citoyens au centre du jeu. Tous espèrent que l’époque de la « politique à la papa » soit bientôt révolue.

Rendez-vous donc en 2026 pour les prochaines municipales, et en 2028 pour les prochaines élections départementales.

Voir en ligne : https://www.contrepoints.org/2023/0...