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Quelle école pour demain ?

, par  Maveric Galmiche , popularité : 1%
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Par Maveric Galmiche.

Le système éducatif français s’est depuis deux siècles distingué par le soin qu’il accorde à l’excellence et à sa manière, toujours dans les formes, de se poser comme un des lieux de regénération de la Nation.

Quelles doivent être les missions de l’enseignement dans les trois décennies à venir au vu de l’évolution du contexte international et social dans notre pays ?

Quel est le rôle de l’École en France ?

On parle d’« École républicaine » par opposition à toutes autres voies privées d’enseignement. Elle a pour mission principale d’inculquer les valeurs et connaissances communes à tous les membres de notre communauté et sans lesquelles le pays tomberait en désuétude : parmi ces valeurs, on peut citer la trilogie « Liberté, Égalité, Fraternité », la sensibilisation à la culture, à l’histoire française, européenne et mondiale, les matières censées offrir à chaque élève un bagage de connaissances qui l’émancipe et enfin, l’idée de Laïcité.

Cette conception particulière du rôle de l’école date essentiellement de la Troisième République et de l’action des Républicains, dont Jules Ferry, puis des programmes d’universalisation promus dans les années 1930 par Jean Zay et enfin, après la Seconde Guerre Mondiale, par les réformateurs sociaux du Conseil de la Résistance.

La République française a donc placé le système éducatif en son centre à la différence des pays anglo-saxons, en faisant un des principaux facteurs de son maintien.

Assurer le rôle unificateur de l’École demain

La mission essentielle que l’École devra remplir demain sera de pacifier et d’unir la société française dans son ensemble et dans sa variété. Depuis près de quarante ans, la France fait face à un déficit croissant d’intégration des populations d’origine étrangère, on peut l’expliquer, au moins, par trois facteurs :

  • Une politique de l’habitat dépassée  : les populations immigrées souvent de condition modeste accèdent à des logements sociaux mal situés dans un état parfois déplorable, la majeure partie de ce parc immobilier ayant été construit dans les années 1960 et 1970. S’ajoutent les problèmes d’enclavement de ces zones tels que le manque de transports, l’absence d’activité économique suffisante et donc un taux de chômage élevé mais aussi un manque de moyens mis dans les écoles qui affichent un taux d’échec nettement plus conséquent que dans le reste du pays.
  • La faillite de la mission scolaire d’unification  : l’école en France a certes manqué de moyens financiers et matériels pour accueillir ces populations mais a surtout souffert du manque de réactivité des élus qui n’ont pas assez insisté sur la nécessité de les intégrer. On peut l’expliquer d’une part par une perception politique biaisée qui a trop longtemps confondu intégration et assimilation – ignorant au passage les conséquences dramatiques de ce laisser-faire en termes d’isolement voire de communautarisme, de racisme à leur encontre – mais aussi par des coupes budgétaires et une gestion des établissements mal ajustées aux besoins de ces zones (comprendre, trop peu de professeurs, des classes surchargées, des calendriers scolaires inadaptés et un mauvais dialogue entre les familles et les élèves).
  • Le facteur externe de l’évolution de la société : mondialisation et perte des repères identitaires. L’interconnexion des régions du monde a eu pour effet un accroissement des échanges matériels, informationnels, financiers et humains : les phénomènes se sont densifiés dépassant souvent la possibilité des États. Depuis les années 1970, l’esprit est à la governance et au libre-échangisme. Un parfum de libéralisme s’est engouffré dans les sociétés européennes provoquant à la fois le déclin des structures sociales traditionnelles et le bouleversement du système de production, d’échange et de qualification. En à peine trois décennies, nous sommes passés d’un modèle économique majoritairement industriel à un monde tertiarisé où l’argent ne se crée plus sur une base matérielle mais sur des mécanismes de spéculation. La mondialisation a eu ses gagnants et ses perdants : les deux facteurs précédents s’en sont trouvés considérablement aggravés. A germé sur ce terreau de changement, une perte d’identité – nous sommes ici face à ce que Durkheim appelait l‘anomie, les individus privés de leurs références, jetés dans une économie où ils ne sont pas adaptés, souvent reclus de la société se sont naturellement dirigés vers d’autres sources de subsistance : économie informelle ou criminelle pour certains, communautarisme religieux, ethnique pour d’autres. La perversité du phénomène a contribué à fragmenter, par opposition, la société en diverses communautés de langue, de culture et de religion différentes.

Quelles solutions pour l’École de demain ?

Je fixerais donc ce tableau de bord, chaque mesure étant interdépendante des autres :

  • Mettre à disposition des moyens matériels et humains plus importants pour créer des conditions de prise en charge des élèves plus favorables : avoir de petits effectifs, des professeurs formés et des assistants, mettre en place des cours du soir, un suivi individualisé et créer des classes préparatoires gratuites peuvent en être des exemples.
  • Remettre au centre de l’École le concept de laïcité : trop longtemps bafouée, la laïcité consiste en un moyen d’unité des élèves au-delà de leurs appartenances culturelles et religieuses. S’il est normal pour chacun de pouvoir assumer ses origines, il est en revanche inconcevable de concevoir l’école comme un lieu de leur expression. Aussi doit-on veiller à ce qu’aucun signe religieux ostentatoire ne soit porté ni qu’aucun propos potentiellement prosélytiste soit prononcé. Une des visions à la mode de la laïcité consiste à dire qu’elle est un facteur de coexistence… Certes mais cette conception comporte au moins deux écueils. Le premier : on ne peut plus considérer la laïcité comme un rapport entre de grandes religions institutionnalisées, l’individualisme et le syncrétisme religieux ayant crée des profils de croyants très divers. Le deuxième : cette conception entend que la société est une juxtaposition de groupes, de communautés de croyants qui partageraient au-delà des limites de leur communauté cette seule chose en commun qu’est la coexistence… C’est mal comprendre comment la France s’est construite historiquement et c’est proposer pour demain une vision totalement chaotique de la société.
  • Réviser totalement la politique de l’urbanisme et du logement social en France en le rendant plus diffus par du bâti neuf et non exclusivement réservés aux logements sociaux.
  • Adapter l’école à son contexte… Le temps du maître à la baguette et du tableau noir est révolu et les difficultés économiques que rencontre la France nous enseignent qu’il faut a minima revoir notre façon de nous organiser :
    • l’École devrait davantage enseigner aux élèves à être autonome (cela passe essentiellement par un lycée plus ouvert, avec un baccalauréat à majeure et mineure, une maquette pédagogique sur le modèle de l’université) ;
    • l’École doit être plus souple : elle doit se débarrasser des idées connotées sur l’enseignement professionnel, relier le professionnel au général par des passerelles aussi bien dans les études secondaires que supérieures ;
    • l’École doit être plus ancrée dans la réalité : les lycées professionnels et généraux devraient pouvoir être dotés de pôles d’excellence et d’innovations avec des professeurs-chercheurs et de vrais moyens alloués à la recherche, à la création de projets. On pourrait imaginer à terme que certains lycées créent des incubateurs d’entreprise, se dotent de départements de recherche dans certaines matières et deviennent plus interconnectés avec des établissements du supérieur. De plus, les enfants devraient être sensibilisés dès leur plus jeune âge à certains principes comme la préservation de l’environnement ou la capacité de se prendre en charge soi-même, par exemple.

Cet article Quelle école pour demain ? est paru initialement sur Contrepoints - Journal libéral d'actualités en ligne

Voir en ligne : https://www.contrepoints.org/2017/0...

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