LE PHARE FOUILLEUR N°165 RONDA

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LE PHARE FOUILLEUR

Bulletin d’humeur n° 165 - Jeudi 17 septembre 2015


« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen - Article XI - 1789


Capitaine Marcel RONDA, décès d’un Homme d’Honneur !

Madame, Monsieur, cher(e)s ami(e)s et compatriotes,

C’est avec une vive émotion que nous avons appris, le décès à Nice, mardi 13 septembre à 20h00, du Capitaine Marcel RONDA, 93 ans, à la Serena maison de repos de la Clinique Saint George.

Le parcours de vie de cet Homme de grande conviction, s’inscrit dans un contexte politico-historique portant sur plusieurs années. Afin de bien le situer dans ce cycle, il m’a semblé nécessaire d’évoquer les évènements variés qui ont jalonné et marqué sa vie de combattant et de militant infatigable en faveur de l’Algérie française.

Voilà qui a allongé mon évocation, mais j’y tenais pour une meilleure compréhension du parcours et de l’engagement de cet Homme qui laisse un grand vide parmi ses amis et compatriotes d’Algérie, mais aussi ses amis niçois de souche.

Né à Alger, en mars 1922, dans une famille d’origine espagnole il fit ses études au Lycée Bugeaud d’Alger, et devait succéder à son père pour gérer les biens familiaux.

La deuxième guerre mondiale l’en empêcha. Il fut affecté au 1er R.T.A. (Régiment de Tirailleurs Algériens) qui débarqua en Europe pour attaquer les Allemands et les refouler, en Italie, en France, en Allemagne et en Autriche. Il fut décoré de la croix de guerre.

Il fit partie de ces soldats Pieds-Noirs venus délivrer la France au sein de l’armée d’Afrique. Les livres d’histoire les ont tragiquement oubliés !

Il revint à Alger en septembre 1945. Lieutenant de réserve il devint Capitaine en décembre 1955. En juillet 1956 il commanda une compagnie d’U.T. (Unités Territoriales), chargées de patrouiller dans Alger en proie au terrorisme du FLN algérien. Il se rapprocha alors de Joseph (dit Jo) ORTIZ, responsable poujadiste bien connu à Alger.

Pour mémoire, le poujadisme est un mouvement politique et syndical créé par Pierre POUJADE, en 1953, qui défendait les petits artisans et commerçants, tout en dénonçant l’inefficacité des parlementaires de la Quatrième République.

On aurait bien besoin d’un tel mouvement en ce moment !

Le 13 mai 1958, le Capitaine RONDA participe avec ses hommes à la prise du bâtiment du Gouvernement Général à Alger et y assure l’ordre au profit du Comité de Salut Public, présidé par le Général Jacques MASSU. Le 4 juin 1958, avec son unité, il est présent lors du discours de Charles-le-Félon.

Il doutera très vite, de l’efficacité de la politique menée par les gaullistes en Algérie. Comme lui, sur ce point précis, ils furent très peu nombreux. Tout le monde, ou presque, fut roulé dans la farine par des promesses non tenues d’un Charles-le-Félon au sommet de sa forfaiture, ce 13 mai 1958 !

A la tête de sa compagnie des U.T. (Unités Territoriales), il prit une part très active le 24 janvier 1960 lors de la « journée des barricades » à Alger, pour protester contre la trop rapide mutation en France du Général MASSU, ordonnée par Charles-le-Félon.

Deux emplacements furent barricadés :

- l’un par les hommes de Pierre LAGAILLARDE (Député d’Alger et ancien parachutiste), à l’Université, quartier des facultés, où il établit son poste de commandement dénommé « Alcazar »,

- l’autre par les hommes de Jo ORTIZ qui voulut occuper le bâtiment du Gouvernement général, mais qui se replia sur celui de la Compagnie algérienne, bâtiment protégé par les partisans armés du F.N.F. (Front National Français), son mouvement.

C’est alors qu’un certain Philippe DEBROSSE, Colonel de Gendarmerie, reçu l’ordre directement de Charles-le-Félon, de faire intervenir des Gendarmes Mobiles pour casser la manifestation algéroise.

Le tir sur les patriotes barricadés et la foule fut autorisé….méthode gaulliste oblige !

Le bilan à mettre au débit du gaullisme fait état de :

- 22 morts : 14 parmi les gendarmes, 8 parmi les civils,
- 147 blessés : 123 parmi les gendarmes, 24 parmi les civils.

Ultérieurement et probablement en remerciement des services rendus (…), DEBROSSE, toujours sous les ordres directs du Président-dictateur, commandera l’Ecole de Police d’Hussein-Dey et la caserne des Tagarins (où étaient stationnés les Gardes Mobiles), centres de détention des partisans de l’Algérie Française -hommes et femmes- enlevés par les services de la Police officielle mais surtout par les barbouzes.

Dans ces deux centres, de sinistre mémoire, DEBROSSE « … torturait lui-même ses victimes, qu’elles soient femmes ou hommes » (Extrait du livre de Jean-Jacques SUSINI, « Histoire de l’OAS », aux Editions La Table Ronde, 1963).

J’attire l’attention des partisans contre la torture qui auraient bien fait de se manifester à cette période-là, qui vit…des Français torturer des Français, dans des conditions qui rappellent les procédés de la Gestapo !

A ceux et celles qui marquent une incrédulité totale sur ce sujet précis, je recommande la lecture du recueil de feu Sauveur COSTAGLIOLA, patriote et membre de la Résistance Française en Algérie (O.A.S.), intitulé « Nous qui avons été de ceux-là », rédigé en mai 1997. Il fut torturé, avec d’autres compagnons de combat, par les sbires de DEBROSSE.

A la suite de ce soulèvement, les U.T. (Unités territoriales) créées en 1955, furent dissoutes. Les volontaires purent s’engager dans le « commando Alcazar », spécialement créé pour se battre au sein des 1er et 2e R.E.P. (Régiments Etrangers de Parachutistes) de la Légion, dans la région de Collo (ville portuaire à 70 kms de Philippeville et à 100 kms de Constantine) où sévissaient les fellaghas de la Wilaya 2.

Le Capitaine RONDA est alors inculpé et incarcéré à la prison de la Santé. Le « procès des Barricades » s’ouvre le 3 novembre 1960, à Paris.

Mis en liberté provisoire pendant le procès, début décembre 1960 il part pour l’Espagne, en compagnie de Pierre LAGAILLARDE, Jean-Maurice DEMARQUET et Jean-Jacques SUSINI, sans attendre le verdict du 3 mars 1961 qui le condamne à trois ans de prison et le prive de son grade.

A Madrid, tous retrouvent le Général Raoul SALAN, exilé volontairement en Espagne depuis octobre 1960.

Le 30 décembre 1960, avec le Général SALAN, LAGAILLARDE et SUSINI, le Capitaine RONDA signe une déclaration destinée aux Français d’Algérie, qui est l’acte de naissance de l’ultime Résistance Française en Algérie.

Le 8 janvier 1961, à l’occasion du référendum sur l’autodétermination en Algérie :

- l’UNR (Union pour la Nouvelle République, parti fondé le 1er octobre 1958 et destiné à soutenir l’action de Charles-le-Félon),
- le MRP (Mouvement Républicain Populaire, constitué à l’automne

1944, il est présenté comme un parti démocrate-chrétien non Confessionnel), et,
- la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière, parti socialiste français de l’époque, qui deviendra le PS -Parti socialiste- en 1969), appellent à voter favorablement, à l’inverse des partis :

- PCF (Parti Communiste Français, fondé en 1920) et,
- PSU (Parti Socialiste Unifié, fondé le 3 avril 1960 et auto-dissous en novembre 1989) qui préconisent le non ou le vote nul,
- le FLN (Front de Libération Nationale) algérien invite à s’abstenir.

Le 14 janvier 1961, le Conseil Constitutionnel proclama les résultats définitifs (source : Wikipédia) :

- le taux de participation fut de 76 % en métropole et de 59 % en Algérie,
- en métropole 75 % des votants votèrent oui (!),
- pour l’Algérie 70 % des votants votèrent oui (pour 39 % d’inscrits), et 31 % votèrent non (pour 17 % des inscrits).

Précisions complémentaires :

- l’abstention fut élevée : 42 %,
- en Algérie elle a surtout touché les villes dans lesquelles les musulmans ont appliqué les consignes d’abstention du FLN algérien,
- Alger, où résident de nombreux Européens, a voté « non » à 72 %.

Ce référendum donne toute la légitimité au Chef de l’Etat, obtenue par le meilleur moyen : le suffrage universel. Il s’est qu’il pourra pousser plus loin son projet de « République algérienne » (allocution radiotélévisée du 4 novembre 1960). D’autant plus qu’il a reçu le soutien de l’UNR, du MRP et des socialistes.

Les réactions des partisans de l’Algérie française sont immédiates : en février 1961, l’O.A.S. publie ses premiers tracts et commence une campagne d’attentats et de plastiquage (les stroungas, comme on disait !).

Avant le 21 avril 1961, le Général SALAN, le Capitaine Jean FERRANDI (brillant officier qui s’est illustré dans différentes campagnes en Indochine, et a vécu la bataille de Bien-Bien-Phu), et SUSINI, se rendirent à Alger, sans le Capitaine RONDA qui ne put se joindre à eux, contre son gré.

Une partie des cadres de l’armée française en Algérie, qui avait mené sept années de durs combats, se sentit trahie par Charles-le-Félon, et voulut s’opposer à lui par la force.

Le 21 avril 1961, eut lieu un coup de force militaire mené par les quatre Généraux Raoul SALAN, Edmond JOUHAUD, Maurice CHALLE et André ZELLER. Cette journée de révolte est connue sous les appellations de « Putsch des Généraux » ou « Putsch d’Alger », menée en réaction à la politique d’abandon de l’Algérie Française par Charles-le-Félon.

Jusqu’en novembre 1961, resté en liaison avec le Général Raoul SALAN, qui est entré dans la clandestinité et a pris la direction de l’O.A.S., le Capitaine RONDA, resta en contact avec la branche madrilène de l’O.A.S..

Le 30 novembre 1961, il rejoignit Alger sur un petit voilier et vécut dans la clandestinité, dans l’entourage proche du Général SALAN. Ce dernier se fera arrêté à Alger le 20 avril 1962.

Le Capitaine RONDA, échappant de justesse à l’arrestation restera en poste à Alger. Ce n’est qu’après l’indépendance, le 8 juillet 1962, qu’il quittera l’Algérie pour se rendre en Espagne, où des amis sûrs le feront travailler pour se refaire une vie.

En juin 1969, amnistié de plein droit, il revint en France, à Nice, où il participa à la phase finale de construction et d’installation de la Clinique Saint George, créée à Nice par des médecins Pieds-Noirs. Il en sera l’Econome, sous la direction de Monsieur André BRINCA, jusqu’en 1985, année de sa retraite…bien méritée !

Depuis il n’a jamais cessé de témoigner de ce que fut son engagement en faveur de la France et de l’Algérie française au cours de différents colloques, débats et réunions.

J’eus maintes fois l’immense plaisir de le rencontrer, à l’époque où nous habitions Nice, tous les deux. Il me fit l’honneur d’être toujours disponible pour bavarder, parfois longuement. J’en garde le souvenir d’un Homme droit, d’une humanité exemplaire, éminemment discret, courtois et jovial. En bref, un Homme remarquable !

Il était Président d’honneur du Cercle Algérianiste de Nice, (présidé depuis 1995 par l’infatigable Michèle SOLER, dont l’amitié et la complicité me sont chères), mais aussi des associations « Mémorial de Notre Dame d’Afrique » et « Souvenir du 26 mars 1962 ».

Capitaine Marcel RONDA, depuis le 13 septembre à 20h00…vous nous manquez terriblement ! Reposez en paix.

A sa famille je présente mes très sincères condoléances.

Les obsèques seront célébrées, vendredi 18 septembre, à 15h00, à la chapelle du Monastère de Cimiez, à Nice.

Amis Pieds-Noirs et sympathisants, de Nice et des Alpes-Maritimes, soyez nombreux pour lui rendre un dernier hommage, en vous rendant à la chapelle du Monastère de Cimiez, demain à 15h00.

Merci de votre aimable considération. Bien cordialement.

Michel SALANON

largosalan@hotmail.fr

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