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	<title>NotreJournal</title>
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	<description>Un site pour tous, fait par des Pieds Noirs pour enrichir le d&#233;bat, responsable de ce qu'il &#233;crit mais pas de ce que vous comprenez.</description>
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		<title>Tocqueville : colonialisme, racisme, esclavage.</title>
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		<dc:date>2026-06-26T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Benoit Malbranque</dc:creator>



		<description>Pour le cercle r&#233;duit des Fran&#231;ais qui comprennent les principes de la libert&#233; et qui entretiennent pieusement la m&#233;moire des auteurs qui ont servi cette cause, Alexis de Tocqueville fait figure d'auteur classique, aux th&#232;ses ambivalentes, mais sympathiques. Il s'en faut de beaucoup toutefois pour que l'Universit&#233; accepte aussi tranquillement son h&#233;ritage. Pour les chercheurs qu'animent une haine profonde pour le lib&#233;ralisme, l'examen ne peut &#234;tre innocent et il se transforme imm&#233;diatement (&#8230;)

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour le cercle r&#233;duit des Fran&#231;ais qui comprennent les principes de la libert&#233; et qui entretiennent pieusement la m&#233;moire des auteurs qui ont servi cette cause, Alexis de Tocqueville fait figure d'auteur classique, aux th&#232;ses ambivalentes, mais sympathiques. Il s'en faut de beaucoup toutefois pour que l'Universit&#233; accepte aussi tranquillement son h&#233;ritage. Pour les chercheurs qu'animent une haine profonde pour le lib&#233;ralisme, l'examen ne peut &#234;tre innocent et il se transforme imm&#233;diatement en proc&#232;s. Patiemment construite ou reconstruite aux XIXe et XXe si&#232;cle, la r&#233;putation de Tocqueville aura connu r&#233;cemment de grandes &#233;volutions. L'&#233;nergique t&#233;moin du racisme am&#233;ricain s'est transform&#233; en esprit rabougri, incapable de comprendre le monde en dehors de son petit sch&#233;ma de pens&#233;e eurocentriste. Le grand penseur de la d&#233;mocratie ne serait qu'un aristocrate, qui au fond d&#233;teste le peuple. Ses proph&#233;ties, de m&#234;me, sont jug&#233;es de peu de valeur, par ceux qui refusent d'ouvrir les yeux sur les maux de l'&#233;tatisme qu'il a justement analys&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; dire vrai, Tocqueville n'est pas le penseur le moins &#233;nigmatique du courant lib&#233;ral. D&#233;fenseur de la religion sans &#234;tre personnellement d&#233;vot, mauvais connaisseur des th&#233;ories &#233;conomiques qui fondent le march&#233; libre, et adepte de la colonisation quoique avec des nuances, il ne fait pas partie de la frange anti-religieuse, anticoloniale, et &#233;conomique, qui passe (&#224; tort ou &#224; raison) pour dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se sortir des difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; son &#339;uvre, et r&#233;pondre aux critiques qui l'entourent, il faut des guides et des juges s&#251;rs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage complet, qui vient d'&#234;tre traduit en fran&#231;ais, Mar&#237;a Jos&#233; Villaverde Rico, historienne des id&#233;es politiques, a entrepris d'examiner le cas Tocqueville, sans parti pris. Au milieu des passions qui animent les divers camps qui se partagent la m&#233;moire de Tocqueville, elle apporte une sinc&#233;rit&#233; bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une s&#233;rie de chapitres, l'auteur examine les apparentes contradictions de Tocqueville, et dresse son h&#233;ritage vrai. En Am&#233;rique, est-il vraiment le spectateur patient de l'&#233;radication des indig&#232;nes, ou un chaud avocat de leur cause ? En visite sur des plantations, puis au milieu des luttes pour l'abolition de l'esclavage, puis dans sa correspondance avec Gobineau, est-il anti-raciste, ou raciste au fond du c&#339;ur ? Enfin, l'Alg&#233;rie lui fournit-elle l'occasion de renier les id&#233;aux de la &lt;i&gt;D&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, ou un terrain nouveau o&#249; en faire une application raisonn&#233;e, autant que possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse d&#233;passionn&#233;e de Mme Villaverde met en lumi&#232;res quelques v&#233;rit&#233;s historiques utiles. Le tableau des adversaires de Tocqueville et du lib&#233;ralisme, &#224; l'&#233;vidence, a &#233;t&#233; volontairement noirci. En Am&#233;rique, la sensibilit&#233; de Tocqueville est r&#233;elle, et dans le domaine des id&#233;es il n'est pas convaincu par l'id&#233;e de diff&#233;rences raciales incompressibles, fondement d'un pouvoir naturel ; au moindre examen on voit qu'il la repousse. Les recommandations pratiques qu'il &#233;met pour l'administration de l'Alg&#233;rie sont aussi parfaitement conformes &#224; ses doctrines lib&#233;rales. L&#224;-bas, comme partout, il souhaiterait, dans la mesure du possible, les protections de l'&#201;tat de droit, la d&#233;centralisation, la libert&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux atteindre les critiques extravagantes qui sont port&#233;es contre Tocqueville, Mme Villaverde demande qu'on le juge d'apr&#232;s son temps et d'apr&#232;s son milieu. Il y a de la v&#233;rit&#233;, mais aussi un exc&#232;s de sensibilit&#233;, je crois, dans cette exigence. Ainsi, les termes parfois durs qu'il emploie pour parler des Indiens ou Noirs d'Am&#233;rique, ou des Arabes d'Alg&#233;rie, ne sont pas n&#233;cessairement &#224; bl&#226;mer, par exemple, et on peut les tenir pour des expressions scientifiques, donnant du r&#233;el une analyse justifi&#233;e. Dans notre confort, les tableaux de salet&#233; et d'odeur, d'ignorance et de m&#233;diocrit&#233;, ne nous int&#233;ressent pas, et nous les rapportons &#224; du racisme. De l'universitaire qui critique, ou de l'auteur classique qui a &#233;tudi&#233;, n'ayons pas peur de reporter le bl&#226;me du second au premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Villaverde explique finalement les rapports historiques entre le lib&#233;ralisme et l'imp&#233;rialisme comme une sorte de chute. &#171; Il ne faut pas parler d'un lib&#233;ralisme &#171; imp&#233;rialiste &#187; &#187;, &#233;crit-elle, &#171; mais d'un &#171; imp&#233;rialisme &#187; lib&#233;ral qui s'est appropri&#233; &#224; son d&#233;but des valeurs de la th&#233;orie lib&#233;rale, mais s'en est ensuite &#233;loign&#233; et les a finalement repouss&#233;es. Il serait donc faux de dire que le lib&#233;ralisme a trahi ses propres postulats et s'est alli&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme, car c'est en fait l'imp&#233;rialisme qui, &#224; l'origine, a soutenu les principes lib&#233;raux. &#187; Je dois &#224; la v&#233;rit&#233; de dire que je ne suis pas convaincu par cette conclusion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'apr&#232;s avoir fait trop d'honneur &#224; certains historiens, qui accusent le lib&#233;ralisme sans le conna&#238;tre, et qui r&#233;sument cette tradition de pens&#233;e &#224; Locke, John Stuart Mill, Tocqueville et quelques autres, Mme Villaverde fait l'erreur de les suivre dans une vision &#233;triqu&#233;e de l'histoire du lib&#233;ralisme, particuli&#232;rement fran&#231;ais. D'abord, le colonialisme ne saurait &#234;tre une contradiction de Tocqueville, car c'est une conviction fr&#233;quente chez les lib&#233;raux du XIXe si&#232;cle, y compris les plus avanc&#233;s. Sur tous les continents, y compris en Europe, Gustave de Molinari par exemple &#233;tait l'adepte de &#171; l'expropriation pour cause de civilisation &#187;, visant &#224; mettre le monde entre les mains de ceux qui seraient capables d'en tirer parti. De m&#234;me, Paul Leroy-Beaulieu n'admet pas que des continents entiers restent le partage de peuples enfants, qui n'ont fait aucune d&#233;couverte, aucun progr&#232;s, et qui ne peuvent s'&#233;lever que par une tutelle ext&#233;rieure. En revanche, Fr&#233;d&#233;ric Bastiat s'est toujours oppos&#233; avec vigueur au colonialisme, et il n'&#233;tait pas le seul !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;fenseurs du lib&#233;ralisme pr&#233;f&#232;rent l'utilit&#233; &#224; la justice ; d'autres sont simplement des pragmatiques ; une poign&#233;e semble suivent le courant, sans savoir au fond ce qu'il faudrait faire. Mais Mme Villaverde a raison de singulariser Tocqueville, et de signaler en particulier que chez lui les pr&#233;occupations &#233;conomiques comptent peu. Son colonialisme est-il donc le signe d'une chute historique, passag&#232;re et cependant aussi h&#233;sitante, du lib&#233;ralisme dans le colonialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Tocqueville, cependant, le colonialisme n'est pas une th&#233;orie politique ou &#233;conomique. Mme Villaverde a raison de ne pas faire cette confusion. Je me demande si chez lui ce n'est pas, plut&#244;t qu'une chute dans le mouvement intellectuel du temps, une &#171; rechute &#187; dans la fa&#231;on de penser des premiers temps de l'histoire de l'humanit&#233;, quand les int&#233;r&#234;ts des nations &#233;taient naturellement antagonistes. Avant l'&#232;re du commerce &#233;largi et de la petite industrie, en effet, la concurrence se produisait par la guerre, et la production elle-m&#234;me &#233;tait une violence : bien avant de transformer pacifiquement des mati&#232;res premi&#232;res, l'homme a tir&#233; sa subsistance de la chasse et de la p&#234;che, c'est-&#224;-dire qu'il d&#233;truisait sans produire. Tocqueville est l'h&#233;ritier de cette classe d'hommes qui vivaient de la domination politique et de la guerre, c'est-&#224;-dire, encore une fois, qui ne produisaient pas. Lui-m&#234;me eut des r&#233;pulsions d'instinct et bl&#226;ma beaucoup ses deux plus proches amis, Gustave de Beaumont, quand il devint un peu agriculteur, et plus encore Louis de Kergorlay, quand il fut clair qu'il faisait carri&#232;re dans l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme de Tocqueville, de ce point de vue, serait une forme d'&#171; atavisme &#187;, la survivance d'une mentalit&#233; conflictuelle que le lib&#233;ralisme avait pour projet de remplacer. On ne la comprend aujourd'hui qu'en nous reportant aux conditions &#233;conomiques et sociales du pass&#233;, comme Mme Villaverde, justement ici, le demande. Aujourd'hui, Colbert ne ferait pas du colbertisme, mais quelque chose d'autre. Que ferait Tocqueville ? Je me plais &#224; penser que ce proph&#232;te de la modernit&#233; ne resterait pas en arri&#232;re, qu'il ferait moins de place au pouvoir et &#224; la violence, et plus de place au contrat et &#224; l'&#233;change libre ; enfin, qu'il pousserait &#224; des applications nouvelles de la libert&#233;, que nous-m&#234;mes nous traitons d'audace ou d'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article &lt;a href=&#034;https://contrepoints.org/liberalisme-et-colonisation-chutes-et-rechutes-maria-jose-villaverde-rico-tocqueville-colonialisme-racisme-esclavage/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tocqueville : colonialisme, racisme, esclavage.&lt;/a&gt; est apparu en premier sur &lt;a href=&#034;https://contrepoints.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contrepoints&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://contrepoints.org/liberalisme-et-colonisation-chutes-et-rechutes-maria-jose-villaverde-rico-tocqueville-colonialisme-racisme-esclavage/" class="spip_out"&gt;https://contrepoints.org/liberalism...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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