Synopsis
Au moment de l Indépendance en 1962,
les communautés minoritaires dorigines juive et européenne quittent l Algérie.
Trois personnages d origine musulmane
en quête d une vérité sur leur propre vie,
reviennent sur les dernières années de la guerre, de 1955 à 1962,
qui sont aussi les dernières de la colonisation française.
Entre haines et fraternités,
ils nous font voyager dans une mémoire occultée,
celle des rapports avec leurs voisins juifs et chrétiens,
Avec nos personnages, nous revisitons les mythes fondateurs de l Algérie nouvelle
Mais arriveront-ils au bout de leurs propres légendes ?
TRILOGIE D EXIL
En 1993, comme de nombreux intellectuels et artistes algériens, le cinéaste Jean-Pierre LLEDO se voit contraint, face aux menaces du terrorisme islamiste, de quitter son pays pour venir en France.
De ce côté-ci de la Méditerranée, il entreprend de présenter ses films dans différentes villes françaises et s’aperçoit rapidement qu’un même sentiment soude la grande majorité des spectateurs qui viennent débattre avec lui. Qu’ils soient d’origine berbère, arabe, juive ou européenne, ils expriment tous un grand attachement pour l Algérie. Cette Algérie d’où ils se sentent pour beaucoup, eux aussi, en exil ; la fin du système colonial français en 1962 ayant eu pour conséquences immédiates son indépendance, mais également l’exode de plus d’un million d’hommes et de femmes qui y étaient nés.
Optant pour le cinéma documentaire, il renoue alors avec une mémoire refoulée, celle de la coexistence des trois communautés algériennes d’origine musulmane, juive et chrétienne, avec cette question obsédante :
« L’Algérie était devenue indépendante, pourquoi n’avait-elle pas réussi à être fraternelle ? ».
A partir de cette question, et avec la volonté de n’exclure aucune des sensibilités, Jean-Pierre LLEDO va réaliser sa « trilogie d’exil », revisitant ainsi une histoire algéro-française jusque-là engluée dans de multiples stéréotypes et caricatures.
1er volet : Le Rêve
Tout d’abord, il interroge ce rêve qui l’habite toujours et que partagèrent de nombreux combattants anticoloniaux de toutes origines et de toutes confessions, pour qui l’Algérie se devait de devenir indépendante et multiethnique. Sur ce sujet, il réalise deux films en compagnie de 2 figures historiques, incarnant ce combat.
Pour la télévision, en 1996 : « Lisette Vincent, une femme algérienne » dresse le portrait de cette fille de « colon » oranais, institutrice, militante infatigable d’une Ecole ouverte à tous les enfants, notamment arabes… Mais qui quitte l’Algérie en 1970.
Pour le cinéma, en 2003, « Un rêve algérien » propose à Henri Alleg (auteur de « La Question » / premier témoignage censuré sur la torture infligée par l’armée française) de retrouver en Algérie ses anciens amis de la famille communiste, seule famille politique ethniquement mixte durant la colonisation. Et notamment les anciens journalistes d’« Alger Républicain », quotidien mythique qu’il dirigea de 1950 à 55, puis co-dirigea de 1962 à 1965 : le coup d’Etat de Boumédienne met fin au quotidien et pousse son directeur à quitter l’Algérie.
2e volet : Les Fantômes
Parallèlement, Jean-Pierre Lledo décide de filmer, au gré de ses voyages en France, le témoignage d’autres exilés : harkis, juifs et pieds noirs des années 60 et intellectuels algériens des années 90. « Algéries, mes fantômes » (2004) leur donne la parole et leurs différents témoignages se répondent en écho, dessinant une longue histoire d’exclusions politiques successives. Au fil de leurs réflexions et au bout de toutes les nostalgies s’exprime, en creux, le sentiment d’une formidable occasion manquée d’une Algérie multiethnique et multiculturelle.
3e volet : Les Absents
En ce début d’année 2008, « Algérie, histoires à ne pas dire » est réalisé comme le contrechamp du film précédent, puisque tourné entièrement en Algérie. Là, ce sont les Algériens d’origine musulmane dont Jean-Pierre Lledo sollicite la mémoire pour évoquer l’Absent parti en 1962, et se demander si cette fin tragique sanctionnait une impossibilité à vivre ensemble.
En compagnie des 4 personnages principaux qui reviennent sur les années de guerre 1954-1962, nous prenons conscience que le nationalisme, définissant l’algérianité sur des critères ethno-religieux, eut aussi sa part de responsabilité.
Comme l’écrit l’historien Gilles Manceron en employant l’image qui renvoie à ces portes blindées à plusieurs clés : « Elles ne s’ouvrent que si on introduit et fait tourner simultanément deux clés différentes. Dans le cas de l’histoire franco-algérienne, c’est à cette nécessité que nous sommes confrontés. Les tabous d’une rive servant à conforter et à renforcer ceux de l’autre. »
Pour l’instant, « ces histoires à ne pas dire » pourront être vues et entendues en France à partir du 27 février prochain alors qu’en Algérie, le film, dont les avant-premières de juin 2007 ont été interdites, est pratiquement censuré, n’ayant toujours pas reçu de visa d’exploitation.
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