Les pièges de la « résilience » par Marc-André Cotton
La notion de résilience évoque bien évidemment la faculté qu’a l’être humain de refouler les traumatismes qui lui sont infligés, afin d’assurer sa survie à court terme.
Mais, comme les promoteurs de ce concept ne reconnaissent pas la conscience incarnée en chacun, ni l’existence d’un processus naturel de résolution de la souffrance, ils font du refoulement de cette dernière un but en soi et désignent par résilience leur impuissance à accueillir en conscience leur vécu refoulé.
Ainsi, l’espoir qu’on peut légitimement placer dans la libération de l’homme se transforme-t-il insidieusement en son contraire. En effet, une personne résiliente n’est pas libérée de ses souffrances, mais bien asservie aux mécanismes de refoulement et de compensation, aux schémas de comportement qui lui permirent, jadis, de survivre à un environnement hostile.
Donner l’espoir
Passé refoulé : Le parcours personnel de Boris Cyrulnik illustre combien l’auteur d’un Merveilleux malheur a théorisé la notion de résilience à partir de son propre vécu refoulé, non reconnu comme tel.
Bien qu’il se soit longtemps refusé à parler publiquement de son passé dramatique, Cyrulnik a fini par dévoiler, au fil des interviews, quelques éléments biographiques qui permettent de comprendre les stratégies d’adaptation qu’il a dû mettre en œuvre, enfant, pour survivre et échapper à la mort, et leurs liens avec certaines des idées qu’il défend aujourd’hui.
Né en 1937, Boris Cyrulnik a grandi à Bordeaux. À cinq ans, ses parents, juifs d’origine russe et polonaise, sont déportés et l’enfant est abandonné à l’assistance publique. Une institutrice le prend alors sous son aile. Mais lors de la rafle du 10 janvier 1944, à la suite d’une dénonciation, il est à son tour arrêté et parqué à la synagogue en vue de son transfert vers le camp de Drancy. Une infirmière le dissimule sous sa cape, le sauvant ainsi d’une mort certaine. Il retrouve l’institutrice qui recevra, en juillet 1997, à son initiative, la Médaille des Justes.
Privé de la sécurité la plus essentielle du fait de la folie des adultes, et pour ne pas sombrer lui-même dans cette folie, le jeune enfant dissocie sa terrible souffrance de sa pensée consciente en faisant rire son entourage, glanant ici ou là un regard compatissant.
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