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Ce 26 Mars 1962 ...

jeudi 26 mars 2009, par Jean-Claude CHOUARD (Date de rédaction antérieure : 29 août 2008). - Réservé abonnés


Voici le récit détaillé de ce jour tragique vécu par Yves Courrière. Après enquête, il décrit ce drame dans son ouvrage " Les feux du désespoir " édité chez Fayard en 1971…


…/…

Ce lundi 26 mars 1962 aucun de ceux qui l’ont vécu à Alger ne l’oubliera jamais. Cette journée devait voir se produire l’inimaginable. Le massacre d’une population désarmée. Le comble de l’horreur.

Depuis, chaque partie s’est justifiée, s’est servie des tragiques évènements pour soutenir sa politique. Aucun de ceux qui y ont assisté - j’en fus - ne comprirent quoi que ce soit, dans l’instant, à l’atroce boucherie. Ils n’entendirent que les coups de feu, ne virent que le sang, les cris, les larmes. Ensuite chacun prit dans l’arsenal des justifications ce qui servait ses convictions, rejetant les arguments de l’adversaire.

Dix ans ont passé. Les langues se sont déliées.

Les documents secrets concernant la tragédie ont pu être retrouvés après une longue enquête tant du côté gouvernemental que du côté de l’O.A.S.

Ils permettent aujourd’hui de se faire une idée de ce que furent les responsabilités de chacun.

Je ne tente de convaincre aujourd’hui aucun de ceux qui "sont convaincus d’avance " quel que soit leur camp. J’ai simplement cherché - témoignages et documents à l’appui - la vérité sur ces heures qui m’ont bouleversé, sur ces heures qui ont marqué la fin d’une époque.

Dès l’aube le général Capodano, responsable militaire du maintien de l’ordre dans le Grand Alger, prend des mesures rendues nécessaires par l’interdiction de la manifestation. Outre les vingt-cinq escadrons de gendarmes mobiles, les compagnies de CRS et les bataillons d’infanterie qu’il a à sa disposition, il fait appel à des éléments du 4° régiment de tirailleurs du colonel Goubard.

On se souvient du rôle du colonel lors des journées d’avril 1961 auprès du général Arfouilloux dont il était l’adjoint à Médéa. Après le putsch Goubard a pris le commandement du 4° R.T. formé en grande majorité de tirailleurs musulmans. Dès la fin de la trêve unilatérale au 19 février 1962, le 4° R.T. a fait " la chasse aux fells’ " dans la partie ouest de l’Ouarsenis et dans le secteur de Boghar.

Du 19 février au 23 mars il a fait "de la présence" comme toutes les autres unités de secteur. Étant une unité de réserve générale ses compagnies sont éparpillées de Rocher-Noir à Djelfa.

A l’heure de la lutte anti-O.A.S. Goubard s’inquiète. Son unité risque d’y être mêlée. Le 16 mars, lors d’une visite du général Ailleret à son P.C. de Berrouaghia, il s’ouvre de ses craintes au commandant supérieur.

<< Pour se battre contre les fells nous sommes toujours d’accord, dit-il. S’il y a une guerre civile contre l’O.A.S. nous la ferons. A contrecœur, mon général, mais nous la ferons. Il ne faut pourtant pas compter sur le 4° R.T. composé en majorité de musulmans dont certains sont d’anciens ralliés pour participer au maintien de l’ordre à Alger. Mes hommes sont d’excellents combattants, ils ont fait leurs preuves, mais ils sont pour la plupart illettrés, frustes et se sentiraient désemparés dans une ville comme Alger où la population européenne - à travers l’O.A.S.- s’est montrée très hostile aux musulmans. >

Ailleret a compris. Il a promis à Goubard de donner les ordres nécessaires pour que le 4° R.T. ne soit pas mêlé aux opérations de police à Alger.

Or ces ordres - confirmés par le commandant supérieur - N’ONT JAMAIS ÉTÉ TRANSMIS.

Le 23 mars le colonel Goubard doit mettre à la disposition d’Alger-Sahel son État-Major technique n° 1 commandé par le chef de bataillon Pierre Poupat, et trois compagnies.

La première compagnie commandée par le capitaine Ducrettet, la 6° compagnie du capitaine Techer et une compagnie mixte formée pour moitié d’éléments de la 5° compagnie du 4° R.T. et de la compagnie d’appui. C’est le capitaine Gilet qui en est chargé.

Au total 370 hommes, cadres compris.

Goubard ne s’inquiète pas. Ses troupes ne doivent pas pénétrer à Alger. Pourtant, dès leur arrivée à Alger, ces trois compagnies sont engagées à Bab El-Oued. Elles essuient le feu des commandos O.A.S. qui tirent du haut des balcons et des terrasses.

Les 24 et 25 mars elles sont employées à différentes tâches de contrôle aux alentours du Forum. Le 26 mars à 3 heures du matin elles bouclent un quartier européen de Maison-Carrée pour permettre à une unité de gardes mobiles de procéder à un certain nombre de perquisitions. A 11 heures, ce fatal 26 mars, elles reçoivent l’ordre de quitter immédiatement Maison-Carrée et de prendre place sur le Plateau des Glières. Elles devront s’opposer au passage des manifestants dans les quatre voies qui, autour de la grande poste, conduisent du bd Laferière vers Bab El-Oued : le boulevard Carnot, la rue Alfred-Lelluch, la rampe Bugeaud et la rue d’Isly.

A 13 heures 30 le chef de bataillon Poupat met ses troupes en place. Il établit son PC au Bastion 15, charge la 2° compagnie du capitaine Ducrettet de barrer le boulevard Carnot et la rue d’Alfred Lelluch, et Ia 6° compagnie du capitaine Techer les rues d’Isly et de la rampe Bugeaud. Le capitaine Techer établit son PC auprès du barrage de la rampe Bugeaud et confie la rue d’Isly au sous-lieutenant kabyle Ouchene Daoud qui commandera, avec le sergent-chef Boucher, placé en 2° échelon, les 23 tirailleurs du barrage. Le convoi et une compagnie de réserve sont placés en attente boulevard Carnot.

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7 Messages de forum

  • 5950 - Ce 26 Mars 1962 ... 29 août 2008 16:26, par Kirliane

    Il n’est pas moins criminel d’avoir poussé la population européenne à manifester, en ayant placé des armes automatiques sur les lieux où l’affrontement était inévitable.

    Qui les a placées ? L’OAS (après avoir recommandé de n’être surtout pas armés) ou les barbouzes ?

    La conclusion d’Yves Courrières paraît trop vite énoncée. A raison ?

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  • 6388 - Ce 26 Mars 1962 ... 27 septembre 2008 17:05, par MONGENOT Guy

    Bonjour, Yves Courriere ou Stora, même combat ! ce soit-disant spécialiste et correspondant de guerre n’est pas à une description approximative de plus, dans son commentaire radiophonique à RTL, repris dans le documentaire d’FR3, il décrit la scène et il entend des tirs de MITRAILLEUSE 12/7…La cadence de tir de la mitrailleuse 12/7 est très lente et particulière au niveau du son, elle est très reconnaissable,ce n’est pas une arme de poing, elle est montée sur des blindés, et aux alentours de la rue d’Isly, il n’y avait pas de blindés ce jour là. Toutes les victimes ont été tuées par armes de poing dont la plus importante était un FM 24/29. Vraiement, les déclaratons ou les écrits "historiques" de Courriere ne sont pas paroles d’évangile !

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    • 6446 - Ce 26 Mars 1962 ... 29 septembre 2008 15:56, par SEREIN

      Bonjour .

      Non , ce ne pouvait être une mitrailleuse 12 , 7 qui laboure un champ de 500 mètres carrés en peu de temps . Par contre elle est transportable par un homme . Je me souviens que ma section ayant croisé une autre section , dont un homme portait une 12,7 a déclaré au passage : " ces P.N , on va tous les descendre " . Je n’ai rien pû faire , je ne me souviens que de la scéne et la phrase qui m’a frappé .

      Et ce gradé alors que j’étais sentinelle , qui une voiture passant faisant avec son klaxon le fameux ti ti ti tata , qui me demande " avait vous relevé la plaque " . Je le savais , mais à ce point . Il pouvait toujours attendre . J’avais préparé avec mon collègue D. , un patos ( prononcez pathoss ) la prise totale de l’armement et notre départ sur Oran . Bref souvenirs , souvenirs …

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  • 6410 - Ce 26 Mars 1962 ... 28 septembre 2008 11:16, par Nicole Ferrandis

    Et revoilà Courrière comme si ce monsieur détenait la vérité. Je m’étonne encore que certains y fassent référence. En 1971, ce "spécialiste" qui aurait "fouillé" les archives, ne connait même pas le nombre exact de morts fait par les soldats de la rue d’Isly.

    46 morts était le chiffre du 26 mars à 18 heures. Monsieur Courriere n’a pas été plus loin, comme STORA.

    Quel cynisme que de dire, "si les militaires avaient tiré toutes leurs cartouches ; il y aurait eu plus de morts".

    Allez raconter qu’un homme aurait montré son arme à un militaire, il faut vraiment être naïf que de croire cela. Je rappelle que les Algérois étaient perquisitionnés constamment. Que les contrôles étaient quotidiens.

    Que même si quelqu’un avait possédé une arme il ne se serait pas promené avec au risque d’être contrôlé, arrêté, jugé et condamné. En poussant le raisonnement, je dirais que même si cela était vrai, pourquoi raconter cet épisode. ? Qu’a t-il de commun avec les victimes ? Ce monsieur a-t-il tiré ? Non bien sur… puisque courriere raconte que c’était pour tuer de gaulle, je ne vois d’ailleurs pas pourquoi quelqu’ un irait se promener dans une manifestation avec une arme pour tuer de gaulle alors que celui-ci n’était pas à Alger. Quelle bouffonnerie, quel mensonge !.

    Et tout le texte de M Courriere est de la même veine…

    On voit très bien où veut en venir M Courriere, innocenter le gouvernement français de 1962 de ce crime, jeter la suspicion sur les victimes.

    La vérité est toute simple implacable, des algérois ont été assassinés froidement alors qu’ils étaient couchés sur la chaussée afin d’échapper à cette folie meurtrière. Rien ne justifie le crime commis le 26 mars 1962, il est impardonnable.

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    • 6445 - Ce 26 Mars 1962 ... en réponse ... 29 septembre 2008 15:32, par Choirzy

      que deux petites remarques soient toutefois permises à celui qui a eu l’outrecuidance de "faire référence" à la littérature contestée d’Yves Courrière. ( ce qui demeure toutefois votre droit )

      La première pour préciser que le tome 1 de son oeuvre en quatre volumes a été édité, me semble-t-il, au début de l’année 1968. Il a donc été écrit "presque à chaud" par un témoin direct. Rien que pour cela, il mérite une attention particulière … et vaut mieux, en tous cas, que les oeuvres "d’imagination historique" qui ont fait florès depuis lors.

      Ma seconde remarque concerne la détention des armes par des particuliers, en Algérie, à cette époque. Il y en avait beaucoup. Pour ma part, je n’ai jamais vu autant d’armes entre les mains de particuliers … sauf en Corse, bien sûr. C’était monnaie courante, au domicile ou au magasin pour les commerçants.

      Non seulement on ne s’en cachait guère, mais au contraire, on les exhibaient volontiers notamment à l’ami ou à la relation de passage que j’étais alors, sur le thème fréquent du : "vous allez voir ce que vous allez voir".

      C’était une des formes du grand cri de désespoir d’une population démoralisée à juste titre par les discours de faux-culs suivis de volte-faces cinglantes subies presque journellement par les pieds-noirs en ces temps incertains.

      Dans ce contexte d’excitation généralisée qui régnait notamment à Alger et à Oran et le nombre de fier-à-bras qu’on pouvait y rencontrer ( là comme ailleurs, il faut de tout pour faire un monde !) le passage du texte de Courrière, que vous citez, n’a vraiment rien d’extraordinaire.

      Pour ma part, j’ai souvent connu ce genre de situation où, en tant que Patos ( nobody is perfect ), on me prenait à partie… "comme si qu’j’étais l’gouvernement" .

      Le nier aujourd’hui, 50 ans après, c’est vraiment rechercher une image d’Epinal.

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      • 6447 - Ce 26 Mars 1962 ... en réponse ... 29 septembre 2008 16:35, par SEREIN

        Bonjour . Des armes sûrement , il y en avait . Des armes de chasse ( comme dans l’hexagone ), des armes de poings aussi . D’ailleurs , il y a quelques temps ( 10 ans peut-être ) mon voisin C.R.S puis policier ( Il est décédé à l’heure actuelle ) voulait me vendre un beretta extra - plat 9 mm que j’ai refusé .. A l’armée , je m’entraînais avec le mauser 9 mm du chef légionnaire qui me le prêtait à la condition que je nettoie l’arme aprés m’en être servie . J’ai toujours aimé les armes qui étaient présentes chez moi . Lors d’une tournée normale dans le village ( 2 harkis , le chef moi - même et D. ) un homme pour une raison inderterminée ( ils diront qu’ils nous avaient pris pour des commandos O.A.S , ce qui est possible , il faaisait nuit noire ) mon collègue me dit : "attention , ils jettent des pavés " , et au même moment en reçoit un en plein visage . Il a la tête en sang et déclare : je les descends tous . Je lui fais remarquer qu’il y a des femmes et des enfants . Il me dit : alors je pose mon P.M et je leur casse la gueule . Je réponds : c’est ça , il ramasse le P.M et on y passe tous . Bref . Nous entrons dans la metcha d’où nous pensions que les pierres avaient été jetées . Nuit noire , des femmes s’accrochent à mes bottes et je dis : " ne m’approchez pas , rien ne vous sera fait . Autant j’aimais les fells armés , autant les femmes et les enfants , c’était comme les miens ana ould bled . Bref , le chef me demande d’aller chercher la moitié de la section avec le F.M ; il tient le meneur par la taille , et a posé son mauser sur sa tempe . Je pars en courant 800 mètres environ , les villageois me font une haie d’honneur avec pour concert le youyou des femmes . N’y chaud , ni froid . Nous revenons avec la section qui fouille dans les maisons et rapporte un stock impressionnant d’armes de toutes sortes . Armes de paysans , gourdins , objets tranchants etc… et surtout de longs morceaux de bois auxquels étaient accrochés une arme tranchante pour vous harponner au coin d’une rue . Il y a eu des interpellations , mais je pense que cela n’est pas allé plus loin . Il n’y avait pas que les P.N à être armés .

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