Cher Monsieur Boucabelle
Je travaillais sur ces journées terribles du 26 Mars 1962, et l’idée m’était déjà
Venue, d’en écrire un poème, ce que je fais souvent à propos de l’histoire de notre pays perdu. Ceci fait, je découvris le votre sur « NOTRE JOURNAL.
Je vous en félicite, et réflexion faite, vous envoie le mien, terminé aujourd’hui !
Je comprends votre désenchantement, et la blessure que vous ressentez encore,
accompagnant vos rimes, dans le récit de l’insoutenable. Votre tristesse bien compréhensible,
Et votre travail harmonieux la souligne !
Pour ma part, je le déplore parfois, c’est la colère qui domine, et se révèle malgré moi dans mes écrits. L’injustice et le mensonge me révoltent, malgré le temps passé. J’ai trouvé de la corrélation toutefois, dans nos deux textes sur ce triste jour, et vous envois le mien. Espérant que vous écrirez encore, et que nous aurons encore, le plaisir de vous lire !
Josepha la Rabia.
C’est mon pseudonyme, et suis oranaise, ayant vécu à Alger après mon mariage !
26 Mars 1962 Rue d’Isly- ALGER.
C’était le mois des fous, et nous avions raison…
Ce matin de printemps respirait l’innocence,
Le soleil était doux d’un rayon d’espérance,
Et le ciel de chez nous apaisait nos douleurs,
Et c’est pourtant la mort, qui bornait l’horizon !
La plus lâche et cruelle, qui cachait son visage,
Et laissait un espoir, qui n’avait plus de nom.
Les mensonges étaient dits, le sort était bouclé.
Et de « cessez le feu » il n’y en aurait guère…
Il fallait accomplir l’écrasement final !
Nous avions pour cela le bras d’un général !
Hélas il n’était pas celui qu’il fallait croire,
Sa décision scellée, notre exode annoncé,
Alors qu’aveugle et sourd, notre espoir attendait.
C’est en ce jour de Mars que tout fut renversé !
Ils avaient préparés, ceux qui plaçaient leurs armes,
Le piège le plus lâche, le crime organisé !
Et qui donc était fou, en ce jour de délire ?
Si ce n’est ceux là même venus « nous protéger »,
Au cœur de notre ville où le calme régnait !
Oh, des morts de vingt ans, l’infamie de ce jour,
Ne s’arrêtait pas là ! Il y eut des enfants,
Dans les bras d’une mère ou de ses grands parents !
On ne fit pas le tri, la mitraille était prête :
Les points de tirs placés, le destin devait être,
La pire des horreurs, en toute volonté !
Se taire n’est pas si simple, et je veux vivre encore,
Afin que mes enfants sachent la vérité.
Non, mourir à vingt ans, ne rajeunit personne !
Dans la fleur de sa vie, celui-là qui s’en va,
Fauché par l’injustice, la traîtrise, sans combat !
Mérite qu’on y songe, et qu’on ne l’oublie pas.
De ce peuple mêlé, que m’importe les âges ?
L’impossible a eu lieu, les lâches l’ont commis
Sans pitié ni raison, en tuant l’Algérie,
Dans la même folie qui régnait ce jour-là !
Oui, la folie de mars avait guidé leurs bras..
Je veux que le nuage qui voile le mensonge,
Dans un affreux silence faisant taire nos voix,
Révèle ce crime odieux, dont on ne parle pas !
Josette Paterna.
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