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Pélerinage de l’Ascencion à Oran

, par  lesamisdegg , popularité : 2%
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Les bonnes coutumes ne se perdent pas, à cela près que les pèlerins 1936 ne ressemblent en rien à leurs frères des années précédentes. Il n’était que de voir la majeure partie d’entre eux pour deviner le vœu qui avait été fait par tous les fervents de N.D. de Santa-Cruz :

« Si Dubois est élu, avait dit le chef de la famille, nous irons tous à pied remercier la vierge Marie. »

Et de fait, c’est au chant de l’Internationale que la plupart des fidèles se lancèrent à l’assaut de la chapelle, magnifiquement décorée pour la circonstance d’une faucille et d’un marteau gigantesques. Un peu partout, on croisait des groupes de jeunes hommes dont la pochette rouge n’excluait pas la foi. En ce jour de l’Ascension, ils s’en allaient au Fort ou à là Chapelle afin de graver sur la pierre, à l’aide d’un petit canif, la faucille et le marteau qui remplacent aujourd’hui le cœur traversé d’une flèche de nos jeunes années.

Tout près de la petite église, notre charmant confrère Paul Saffar, de Pathé-Journal, escorté d’un bataillon de jolies femmes « tourne » la montée des pèlerins. C’est la première fois qu’une firme cinématographique envoie un reporter pour filmer une actualité en notre ville. Et avant quinze jours, les Oranais pourront revivre, sur l’écran du Régent, les heures traditionnelles de l’Ascension.

Sous la voûte de la Chapelle, où ça sent la cire qui brûle et l’aisselle qui transpire, les fidèles se pressent. Il s’agit d’acheter des bougies préalablement bénites. Près de moi, une brave femme proteste :

« Mira que abuso ! A franco la vela ! Y tampoco da timbres de La Ruche ! »

- Regardez quel abus. Un franc la bougie et il ne donne même pas de timbres « La Ruche ».

La messe a lieu sur l’esplanade supérieure. C’est comme qui dirait, une messe-camping. Le prédicateur nous apprend que nous montons à Santa-Cruz pour remercier le Seigneur d’avoir sauvé Oran de la Peste de 1849. A cette époque, dit-il, la peste et le choléra faisaient des ravages dans notre population. Alors qu’Oran ne comptait que 25.000 habitants, on enregistrait 60 décès par jour. Les médecins ne pouvant rien contre le fléau, les autorités de la ville décidèrent de tenir un grand Conseil. Il y avait là le Préfet, l’Evêque et le Maire d’alors. Il y avait aussi le général Pélissier. Tout à coup, le général Pélissier se leva :

« Bougre d’andouille I s’écria-t-il cri s’adressant â l’évêque, il faut que ce soit moi qui trouvé le truc ! Ce n’est pourtant pas difficile ! On va monter à Santa-Cruz une statue de la Bonne Mère et on fera une procession. Avec ça, fini le choléra. »

Bravo, opina l’évêque ; et en tous cas, si ça ne prend pas, on aura tout de même eu l’occasion de faire quelques quêtes.

Et aussitôt dit, aussitôt fait. Les malheureux qui se privaient de manger pour payer un médecin non estampillé par l’Eglise, versèrent à Monseigneur le prix d’une visite. On fit faire une vierge grandeur nature et, au cours d’une procession monstre, on la porta à Santa-Cruz.

Là-dessus, l’évêque chanta. Tout de suite après -c’était fatal- la pluie tomba. Et quand les Oranais descendirent en ville, c’était fini. Oran était sauvé !

Mais hélas, mes très chers frères, continue le collègue de l’Abbé Lambert, nous subissons aujourd’hui un mal beaucoup plus grave que la peste et le choléra. C’est l’odieuse révolution qui fait des ravages considérables de par le monde et qui menace d’exterminer l’univers si nous ne réagissons pas. Mes très chers frères, méfiez-vous des révolutionnaires comme de la peste et du choléra, et demandez tous à la Sainte-Vierge de nous préserver de ce nouveau fléau. Ainsi soit-il, préparez-vous pour la quête !

Une heure après, le même curé parcourait les sentiers qui entourent la chapelle, et, agitant une petite sonnette, il appelait les fidèles à intervalles réguliers : Tout le monde sur l’esplanade pour la messe ! Je pensais à un steward qui appellerait les passagers d’un transatlantique à l’heure de midi : Deuxième service pour les secondes ! Au fond, ne se ressemblaient-ils pas comme des frères, et ne nous mènent-ils pas tous les deux en bateau ?

Fortuné LEBIDOIS, ancien enfant de chœur

Oran spectacles… Hebdomadaire satirique

 

Pathé-journal

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