Ce message est très émouvant, Chibani. Merci de nous en porter connaissance. Toutes mes amitiés à son auteur.
Il va d’ailleurs dans le sens de ce que j’ai préparé, en réponse à M. Charef :
« Car, je suis persuadé que si tous les pieds-noirs avaient aimé les Arabes autant que leur terre, ils n’auraient probablement jamais quitté l’Algérie. Quel gâchis ! »
Voilà la déduction (gratuite) la plus absurde que j’aie jamais entendue.
C’est un jugement primaire, qui démontre non seulement une méconnaissance totale de l’histoire, mais, et c’est plus grave de la part de quelqu’un censé être intellectuel, un manque inquiétant d’intelligence cohérente.
Enfin, tout de même ! les faits parlent d’eux-mêmes :
Les pieds-noirs avaient-ils l’intention de partir ?
Non, certainement pas. La quasi totalité d’entre nous, pauvres ignorants aveugles, étions sûrs que nous resterions.
D’ailleurs, nous ne sommes pas partis, nous nous sommes enfuis parce que nous étions massacrés.
M. Charef s’est–il posé la question de savoir pourquoi nous étions massacrés alors qu’en ce printemps 62, et depuis le 19 mars, le cessez-le-feu faisait suite aux accords d’Evian qui donnaient (en toute illégitimité) le pouvoir au seul FLN ?
S’est-il demandé, en conscience, la raison pour laquelle le FLN, l’indépendance désormais acquise, continuait ses exactions criminelles sur toutes les populations d’Algérie : assassinats de ses opposants musulmans, et assassinats des européens.
Mais la réponse découle des faits mêmes : le FLN n’avait plus aucune autre raison que :
1/ de vouloir le pouvoir et le pays à son seul profit, pour y « régner » en despote (ce qu’il continue de faire)
2/ de terroriser les européens, dans le seul but de les chasser, afin d’être libre d’imposer ses méthodes totalitaires.
Affirmer que les PN sont partis parce qu’ils n’aimaient pas les arabes est une malhonnêteté monstrueuse. Que l’on comprend que vous formuliez, quand on sait que le FLN vous a permis de tourner en Algérie. Vous servez donc sa cause en vous faisant l’interprète de la pensée de tout le peuple algérien –qui n’a, à présent, qu’un seul droit : celui de se taire. Ce faisant, vous fortifiez le FLN et sa machiavélique manière de faire.
Nous ne vous suivrons pas sur ce chemin, M. Charef. Nous n’alimenterons pas la propagande FLN qui ne berne plus personne. En tout cas, pas nous.
Peut-on aimer une terre, sans aimer TOUT ce qui fait cette terre ?
Peut-on y accepter : sueur, larmes et sang, sans aimer ceux avec qui l’on partage son quotidien ?
Mais si c’était le cas, nous serions repartis aussitôt !
Nous vivions ensemble depuis 132 ans, et si au début les populations ne se sont pas tout de suite rapprochées (les uns se méfiant de ces nouveaux venus inconnus, et les nouveaux venus de ces autochtones tout aussi inconnus –de la même manière que, comme l’a souligné Coat, les Titis parisiens n’acceptaient pas les Bretons) en un siècle, les choses avaient changées. Nous avions appris à nous connaître, à nous respecter, à nous aimer, oui ! M.Charef.
N’avez-vous jamais entendu parler de la fraternisation du 16 mai ?
Ni de l’engagement pris le 13 mai pour la coexistence des deux communautés dans l’égalité des droits et l’égalité sociale ?
Evolution naturelle de la vie des hommes, et d’un jeune peuple qui était en train de grandir. De se grandir !
Mais cette évolution ne faisait pas « bouillir la marmite » du FLN. Elle réduisait à néant tous ses funestes projets.
Et vous pourrez bien encore user de rhétorique autant que vous voudrez : les faits continuent de parler d’eux-mêmes.
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