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Le Grand Remplacement en 43 ans et 20 centimètres

, par  noreply@blogger.com (atoilhonneur corto) , popularité : 1%
NJ-Ile de France


Cela fait quarante trois ans que j’utilise régulièrement cette ligne de train, train de banlieue parisienne, ligne H. Elle va de Paris-Nord à Persan-Beaumont, via Montsoult ou via Valmondois. Et hier encore, je l’ai emprunté, via Montsoult ayant laissé ma voiture au parking de cette gare.

Les premières fois que je l’empruntais, c’était en 1973, j’avais dix ans, un temps où des parents pouvaient laisser raisonnablement leur gamin prendre seul le train. Nous habitions à la hauteur du 9ème centimètre et je faisais deux allers-retours par semaine pour aller à l’école à Paris où j’étais en semi-internat. A l’époque, c’était les bons vieux trains de couleur verte, les banquettes étaient encore en bois. Les gens étaient tous des habitués, si habitués que la plupart s’étaient attribués des places qu’il convenait de ne pas s’approprier. Des groupes se formaient, les uns discutaient, d’autres jouaient aux cartes, on pouvait fumer sans que personne ne se plaigne, on y lisait le journal ou on révisait ses cours avant d’aller en classe. La vérité si je mens, je me souviens même avoir vu un groupe se faire des crêpes sur un petit réchaud Bleuet à la chandeleur. L’ambiance était généralement conviviale sauf les jours de grève ; il n’y avait pas alors de service minimum, ces jours-là, dans les rares trains circulant, c’était une infernale cohue, tous debout serrés, pire que dans le métro aux heures de pointe : l’horreur. 

La gare du Nord, large d’une centaine de mètres, porte d’entrée sur la France et la capitale pour des centaines de milliers de banlieusards et de touristes du nord de l’Europe était vieillotte et secure. Il y avait une trentaine de voies. Aujourd’hui, elle a doublé de surface tant en largeur qu’en profondeur, comporte 45 voies et deux cent dix millions de personnes s’y bousculent chaque année. Le nouveau commissariat de police fait 300m² quand l’ancien faisait à peine 80m² et pas moins de 600 caméras de surveillance ont été installées.

Quarante trois ans plus tard donc, les vieux trains verts et leurs successeurs, les " vieux gris ", ont été remplacés par des " Bombardier " avec écrans télé, éclairage d’ambiance et caméras de surveillance. 

J’habitais au 18ème centimètre lorsque ado j’allais au sympathique collège sans nom de Persan, collège dont 98% des élèves étaient de souche, il s’appelle maintenant collège Georges Brassens et j’aurai vendu père et mère pour ne pas avoir à y envoyer mes enfants, si enfants j’avais eu. J’habite maintenant à la hauteur du 17ème centimètre.

Si aujourd’hui, le billet aller-retour Paris coûte 15 euros, il était d’environ 15 francs lorsque nous nous installâmes en 1976 à hauteur du 18ème. Avec 40 francs, je pouvais, avec les copains, prendre le train, passer une excellente journée à la capitale, sandwich grec ( on ne disait pas kebab à cette époque ) boulevard St Michel et ciné compris. 

Aujourd’hui, finie la bonne ambiance, les gens ne se connaissent plus, ne serait-ce que de vue, ne se parlent plus, ne lisent quasiment plus ; la grande majorité ont les yeux rivés sur leur smartphone ou écoutent de la musique, casques greffés sur les oreilles et l’on s’assoit là où il y a de la place. On se regarde en chien de faïence. On se défie parfois ou l’on s’évite.

En 1973, au 9ème centimètre et avant, nous étions en terre de France ; la France telle que la décrivait De Gaulle, repris par Nadine Morano bien des années plus tard, il fallait attendre le 4ème, voire le 3ème, que le train passe dans le 9-3 pour que sa population se diversifie. Quelques personnes d’origine maghrébine montaient à Epinay-Villetaneuse ou à La Barre-Ormesson et lorsqu’un black entrait on ne voyait que lui tellement c’était pittoresque presque extravagant pour nous, de souches. Et petit à petit, au fur et à mesure que les années s’enfilèrent les unes aux autres, c’est au sixième, au huitième, au neuvième centimètre que la population d’origine étrangère était de plus en plus nombreuse. Progressivement, la ligne H changeait, la tendance s’inversait au fur à mesure que l’on s’éloignait de Paris ; de blanche au début des 70’s, sa population devenait majoritairement d’origine étrangère. Cette partie de la banlieue parisienne mutait inexorablement. Voir des blacks n’a plus rien d’étonnant, on ne voit que ça.

Hier, samedi, revenant de Paris, je pris le train de 16h34 pour Persan-Beaumont via Montsoult. Impressionnant, suffisamment en tout cas pour que j’en fasse un billet, Il me faudra attendre d’arriver à mon domicile pour me sentir... en terre de France.

Sur la ligne H, le Grand Remplacement s’est fait progressivement, inexorablement, indubitablement. Le temps a fait son oeuvre.

Folie passagère 3391.
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