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L’Appel au soldat ?

, par  vanneste , popularité : 1%
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generalpiquemalAvec la réduction du budget de la défense et l’attitude hautaine et maladroite de Macron envers l’Armée, celle-ci est revenue au centre du débat dans notre pays. L’agression subie par les militaires de « Sentinelle » à Levallois-Perret a souligné trois aspects du lien qui l’unit dans notre pays à la Nation. D’abord, l’Armée jouit de la confiance et du respect d’une grande partie de la population qui se sent solidaire de ses soldats. Cela n’a pas toujours été le cas. Il suffit de rappeler l’attitude odieuse des communistes à l’encontre du corps expéditionnaire en Indochine dans les années 1950. Ensuite, l’armée apparaît aux yeux de beaucoup de Français comme le recours ultime pour protéger non seulement le pays contre l’ennemi extérieur mais aussi pour maintenir nos institutions face à la subversion. Après la mésaventure du quarteron de généraux de 1961, dont aucun n’a heureusement payé de sa vie une action peu réaliste, mais qui n’était pas dénuée de panache, puisqu’elle entendait être fidèle à la parole donnée plus qu’à la République, c’est vers l’Armée, en l’occurrence le Général Massu, que se tourna Charles de Gaulle pour rétablir l’ordre républicain en 1968. Il n’en aura finalement pas besoin puisque le soulèvement populaire contre la chienlit et l’élection d’une Assemblée largement gaulliste balaieront la menace sans toutefois l’éteindre suffisamment dans les esprits. Enfin, il y a cette idée que l’Armée représente l’âme de la Nation. Elle comprend en son sein des citoyens, et même des étrangers, qui donnent plus au pays que les autres Français, puisqu’ils lui offrent leur vie. Nombreux sont ceux qui cultivent une nostalgie du service national. Il fut un temps où tous les jeunes hommes français consacraient un temps de leur vie à la Nation. C’était une sorte de rite d’initiation nationale, le passage obligé à la citoyenneté. On peut penser que sa disparition, logique sur les plans technique et budgétaire, a favorisé l’individualisme et l’affaiblissement de la cohésion nationale. Aujourd’hui, c’est un précipice d’expériences qui sépare le jeune qui n’a pas fait de service militaire, comme notre Président de la République, de ceux, les plus âgés maintenant, qui ont combattu dans des conditions difficiles en Algérie et qui ont vu tomber leurs camarades, des « appelés » comme eux, dans une guerre gagnée sur le terrain et dont le résultat a été politiquement désastreux. Il est nécessaire d’établir un équilibre entre ces deux extrêmes, en restaurant un service national obligatoire avec une période militaire courte, en vue de créer une garde nationale, qui, elle, pourrait intervenir dans le maintien de l’ordre et pour la sécurité intérieure. La dépense publique dans ces domaines est légitime et prioritaire. Il est agréable de se sentir faussement en sécurité en voyant des militaires lourdement armés dans nos rues. Il serait plus « constructif » que la plupart des Français participent pendant un temps à des actions de sécurité publique. Autant les patrouilles de l’Armée dans les rues sont des cibles trop exposées, autant des effectifs plus importants d’une garde nationale pourraient, par exemple, assurer les contrôles aux frontières ou mettre fin aux trafics et à la délinquance des territoires perdus de la République.

La gauche, souvent, l’extrême-gauche, toujours, ont nourri une suspicion envers les Armées en raison des coups d’Etat qui ont jalonné notre Histoire. Les « Bonaparte », qui ont réussi deux d’entre eux, laissent toutefois, dans notre roman national, une trace qui n’est pas négative dans tous les esprits, même si le bon sens ne doit oublier ni le Waterloo de l’un, ni le Sedan de l’autre. Le premier a offert à notre pays une gloire dont beaucoup demeurent nostalgiques. Il a façonné, qu’on le veuille ou non, nos institutions, et notre politique. Le second est inséparable d’un essor industriel et d’une santé économique, altérés par la diplomatie la plus stupide. Le jeune Barrès, révolté par la corruption, les « affaires » et les scandales, appelait de ses voeux le général Boulanger au pouvoir dans les années 1880. En 1940, ce sont deux militaires qui ont incarné les espoirs des Français. Et celui qui avait eu raison alors est revenu en 1958 pour tirer le pays de l’ornière où l’avaient jeté les politiciens. Dans la tradition indo-européenne, la société comprend trois ordres : au sommet se trouve la caste qui monopolise le pouvoir spirituel. En-dessous se situent les gardiens qui incarnent les vertus militaires et enfin en-bas, les producteurs, le monde de l’économie, en somme. La révolution industrielle, l’avènement de la démocratie, et plus encore la naissance d’une société post-industrielle, ont renversé l’édifice. La mondialisation a gommé les frontières et la priorité est donnée à l’économie. Dans notre pays, les exigences politiques de la « société civile » paraissent comme le stade ultime de ce renversement. A cet égard, la tension entre l’énarque-banquier devenu président et l’Armée est un révélateur. Non seulement, le Chef des Armées qui ignore tout d’elles, a fait preuve d’un autoritarisme déplacé, mais il a plus récemment montré une froideur et une distance qu’on peut imputer au caractère vindicatif d’un narcissisme blessé.

Il est sans doute temps de rétablir les équilibres. Le monde n’est pas devenu un marché unique garanti par le droit où la contamination des oeufs préoccupe davantage les politiques que la bombe atomique nord-coréenne ou le développement du terrorisme islamiste. Le libéralisme bien compris ne consiste pas à résumer l’Humanité à des foules d’individus producteurs-consommateurs « gérées » politiquement par des hommes et des femmes d’entreprise. L’économie est importante et doit reposer sur l’initiative et la responsabilité personnelles. Mais, la vie humaine possède d’autres dimensions qui lui sont étrangères. Les passions humaines perturbent constamment la rationalité des comportements uniquement dus au calcul de l’intérêt. C’est pourquoi il est nécessaire de bien séparer les fonctions régaliennes de l’Etat du monde de l’économie, de donner toute leur place dans la Nation aux hommes qui ont d’autres motivations que l’enrichissement personnel ou le bien-être matériel. Dans notre pays, on tient trop les militaires à distance du pouvoir politique. C’est beaucoup moins le cas dans la grande démocratie américaine.

Un vaste regard sur l’histoire récente et le monde actuel nous apprend que les dictatures militaires, la plupart du temps, ne durent pas, car comme le disait Talleyrand, à moins que ce ne soit Clémenceau, « on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus ». Elles assurent le plus souvent le retour à une démocratie apaisée en ayant évité le risque de l’instauration d’un Etat totalitaire dont on sort beaucoup plus difficilement. On peut ainsi présenter le « sulfureux » général Pinochet comme celui qui a évité au Chili l’expérience de Cuba ou du Venezuela et a permis à la démocratie parlementaire de se rétablir dans un pays à l’économie devenue exemplaire. Ne doit-on pas regretter l’échec des coups d’Etat turc ou vénézuélien ? Ne doit-on pas se féliciter de celui du Maréchal Sissi en Egypte ? Ces exemples pris dans des démocraties plus fragiles que la nôtre doivent toutefois nous interpeller. L’appel au soldat est parfois le dernier recours d’un pays face à une menace vitale. Pour éviter ces situations désespérées, il est nécessaire d’associer, quand il en est temps encore, le soldat au gouvernement du pays, dont il incarne une dimension essentielle.

Voir en ligne : http://www.christianvanneste.fr/201...

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