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Je suis de droite !

, par  noreply@blogger.com (atoilhonneur corto) , popularité : 1%
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Une tribune de Denis Tillinac pour Valeurs Actuelles que je fais presque mienne.


" Je suis de droite !

Lorsque j’avais 20 ans, j’apprenais l’amour, je jouais au rugby, je lisais des livres et la nuit, je refaisais le monde dans des bistrots enfumés à souhait avec des copains anars, cocos, trotskistes, maoïstes, situationnistes. Beaucoup d’“ismes” à l’époque, presque tous à gauche de la gauche : le romantisme révolutionnaire marxiste, additionné de freudisme surréalisant, faisait la loi dans les facs. La dénonciation rituelle des “fachos” tournait à vide ; le monde universitaire était gaucho aux environs de Mai 68, comme il était aristotélicien et thomiste au Moyen Âge. Nous lisions tous Foucault, Baudrillard, Morin, Lacan, Althusser, Deleuze, Derrida, Guattari, Barthes, Debord, Marcuse. Ces maîtres à penser ne rendaient aucun écho à mes états d’âme. Je n’étais pas gaucho. Pourtant, je détestais autant que les autres la société de consommation, les arrogances du fric et les séquelles de “l’ordre bourgeois”, formule en vigueur dans les amphis. Mon catholicisme, mon patriotisme, mon pastoralisme, mon rimbaldisme rasaient les murs. Je n’étais pas gaucho, mais j’enviais Régis Debray qui avait eu le courage de mettre un fusil au bout de ses idées pour aller crapahuter dans un maquis chez les “Picaros”.

Il en est revenu. Ils en sont tous revenus et somme toute, Aron avait eu raison contre Sartre. Reste que l’hystérie consumériste, surarmée par les médias lourds, fabrique en série des prédateurs férocement matérialistes. Les gauchos avaient raison de la dénoncer. Tort de s’y employer avec un outillage où manquaient les ressorts exigibles pour une quête idéale : le sens de la transcendance, de la pureté, de l’héritage, de l’honneur. Tout ce que mes parents et les prêtres avaient tâché de m’inculquer.

Voilà pourquoi, à 20 ans, je me suis retrouvé “à droite” par allergie à la philosophie des “déconstructeurs”. À leur esthétique aussi, je n’aimais ni leurs postures ni leurs slogans. Déjà, je pressentais que le gaucho tournerait fatalement au bobo égocentré, comme un mauvais vin tourne au vinaigre. Un fond de lucidité m’avertissait qu’à tout prendre il valait mieux être gouverné par les énarques glaciaux de Pompidou ou de Giscard que par des émules de Robespierre, de Lénine et de leur postérité sinistre. La lecture de Chateaubriand, de Tocqueville et de Taine m’immunisait contre les venins du millénarisme marxiste. C’est-à-dire du socialisme, si l’on redonne à ce mot son vrai sens : une société où la personne est intégralement prise en charge par la communauté et formatée à cette fin depuis le berceau jusqu’à l’Ehpad.

Et je comptais, je compte toujours, Mussolini et Hitler parmi les copromoteurs de cet enfer rationnel. D’ailleurs les ultras de l’extrême droite ressemblaient comme des jumeaux aux “stals”, à ceci près qu’ils maquillaient en nostalgies passéistes leurs fantasmes éradicateurs.

Ma “droite” n’a pas d’accroche avec quelque idéologie que ce soit. Elle est conservatrice par instinct de survie. Elle invoque la nécessité de prendre en compte la fécondité de la mémoire, la fluidité du réel, les ambiguïtés de la conscience, ainsi que nos rêves d’harmonie, nos soifs d’émerveillement, nos aspirations à l’éternité. Je suis “de droite” par amour de la liberté, convaincu qu’on ne doit jamais investir nos quêtes d’absolu dans la sphère politique. Elles relèvent de la mystique, ou de la poétique. La politique, c’est plus modeste, plus contingent, ça consiste juste à gouverner un peuple en évitant que ses équilibres mentaux soient trop chambardés, sa fierté trop meurtrie et en protégeant les humbles des rapacités en tous genres. Trop de plumes délicates (Aragon, Brasillach, Éluard, Drieu, etc.) se sont dévoyées jusqu’à la pire servilité pour avoir voulu assujettir la réalité à leur délire épurateur.

Je suis “de droite” avec beaucoup de guillemets, par horreur de tous les idéologues qui toujours enténèbrent les âmes en érigeant des barbelés. "

Denis Tillinac


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