IN MEMORIAM : Roger DEGUELDRE

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NJ-PACA

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Mon ami Roger Degueldre

Ni les mensonges, ni les calomnies, ni la haine, ne pourront atteindre ce preux

Quand VERITAS m’a demandé de m’exprimer sur Roger, j’ai hésité… Son image reste enfouie au fond de mon cœur et j’ai la nette impression que même la mort ne pourra rompre ce lien qui m’attache à lui, à sa personne comme à sa mémoire… Il est difficile de parler d’un tel homme sans user de superlatifs qui peuvent paraître ostentatoires, car Roger DEGUELDRE n’était pas ce que nous appelons le commun des mortels, mais un être d’exception comme on en croise si rarement sur cette terre de misère…

Weygand disait de Charles De Gaulle qu’il était « militaire, mais pas soldat ». On peut dire le contraire de Roger DEGUELDRE. Avant d’être un militaire, soumis aux servitudes imposées par un dictateur, c’était un soldat français, mais pas un soldat ordinaire. Roger DEGUELDRE, c’était, à la fois, Bayard et du Guesclin, et pour lui, avant tout, avant même cette Algérie Française pour laquelle nous étions tous prêts à donner notre vie parce qu’en elle résidait nos racines, c’était la France qui prévalait.

J’ai encore dans les oreilles, cette phrase qu’il m’avait dite, quelque temps avant son entrée en clandestinité, de sa belle voix grave, en détachant bien chaque syllabe : « On ne doit pas perdre l’Algérie parce que, sinon, la France, aussi, sera perdue… ». Puis après quelques secondes de silence, il avait ajouté, sentencieusement : « La France et… l’Europe. ». J’avoue humblement ne pas avoir mesuré sur le champ la portée de ces paroles prophétiques, mais j’y repense, aujourd’hui, en constatant, avec désespoir, qu’il avait vu juste !

Alors, Roger DEGUELDRE, chevalier des temps modernes et martyr d’une cause perdue, il serait grand temps que les Français le découvrent tel qu’il était, c’est-à-dire comme un fervent patriote doublé d’un chef de guerre …

On a tout dit à son sujet, tout et n’importe quoi, tout ce qui pouvait le salir, tout ce qui était contraire à cette vérité qui flamboyait en lui et qui avait pour nom patriotisme… En réalité, comme un colosse, Roger savait communiquer et imposer, aussi bien sa force que sa foi…

Son esprit vif et clair lui permettrait de sentir les machinations avant même qu’elles se produisent, et c’est par conviction patriotique, bien plus que par tendance révolutionnaire, qu’il entama, lui, le soldat qui avait gagné tous ses galons au feu, biffant tous les scrupules qu’il jugeait dépassés, l’héroïque aventure qui devait le mener, le 6 juillet 1962, dans les fossés du Fort d’Ivry.

Mais, à son sujet, « la vérité officielle », fabulations fallacieuses, énoncées sans rougir, par les uns et par les autres, publiées par des média aux ordres et rédigées par des journalistes dépourvus même d’une once de conscience professionnelle, est comme les rats crevés. Elle pue de si loin que ses effluves nauséabondes repoussent les lecteurs et les dégoûtent.

On a pu lire que DEGUELDRE, qui mettait l’avenir de la France au-dessus de tout, même de sa propre vie, ne serait pas français, et qu’il aurait même combattu la Résistance française aux côtés de l’envahisseur nazi ! Qui pourrait croire une telle extravagance ? Honte sur l’organe de presse qui l’a publiée, mais qui, de plus, a refusé de publier un rectificatif assorti de l’acte de naissance de celui qui, sous les balles gaullistes, chantait encore la Marseillaise !

Il faudrait rappeler que le Chef des Commandos Delta était doté d’une intelligence hors de pair, d’une dignité et d’une lucidité peu communes et qu’il s’agissait pour lui, en se dressant contre la trahison gaulliste, non seulement de défendre une terre française, mais aussi de défendre une porte, celle par laquelle, il le savait bien, s’infiltrerait par la moindre faille, le sirocco et les vents de sable de l’Histoire qui submergeraient vite la France…

Il a tout donné, tout sacrifié, pour éviter cela, en combattant ceux qui avaient choisi, contre l’évidence, contre les faits, contre le pays, et contre l’honneur, la voie de l’abandon, du reniement et de la dérision !

Aujourd’hui, en France, il est de bon ton de célébrer, jusque dans l’enceinte de l’Académie Française, les poseurs de bombes meurtrières, et autres terroristes du FLN, comme des « héros » et des « héroïnes »… Et les véritables héros du parti de la France, dont Roger DEGUELDRE est l’un des plus illustres, la France aveuglée, la France endormie, la France anesthésiée, ne les voit pas…

Avant de revenir sur les conditions particulières qui m’ont amenées à rencontrer ce chef de guerre incontestable, et à le vénérer, de son vivant comme après sa mort, je voudrais retracer ici, en quelques mots et à l’aide d’une biographie établie par l’ADIMAD, le parcours de cet être hors du commun, dont la mort, cent fois frôlée sur les champs de bataille, ne voulait pas :

Roger DEGUELDRE est né à Louvroil, dans le nord de la France, sans avoir besoin de recourir au droit du sol, car sa famille était authentiquement française, et un sang français coulait dans ses veines par filiation. A 17 ans, il s’engagea dans la Résistance et lutta pour la Libération de la France dans les FTP de Roger Pannequin.

Il avait à peine 19 ans quand il s’engagea dans la 10ème Division d’Infanterie Motorisée et participa à la libération de Colmar. Il s’engagea ensuite dans la Légion et servit en Indochine au 1er Régiment Etranger de Cavalerie. Il devait accomplir dans le delta du Mékong quelques actions d’éclat dignes des légendes de gloire guerrière, notamment en allant chercher, sous le feu nourri des Viets, le Capitaine de Blignières blessé, qu’il ramena sur son dos.

A la fin de la guerre d’Indochine dont il revient avec la Croix de Guerre des Théâtres d’Opérations Extérieures avec sept citations (une palme, deux étoiles de vermeil, deux étoiles d’argent et deux étoiles de bronze) l’adjudant Roger DEGUELDRE est muté au 1er Bataillon Etranger de Parachutistes où il sert sous les ordres des colonels BROTHIER, puis JEANPIERRE. En 1956, il est à Suez, en 1957, il participe à la Bataille d’Alger.
En janvier 1958, il est nommé sous-lieutenant au feu à Guelma et participe à la bataille des frontières dans l’Est-Constantinois. Déjà titulaire de la Croix de la Valeur Militaire avec Palmes, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur *.

Pendant la semaine dite « des Barricades », il est à Alger, avec son régiment commandé par le Colonel DUFOUR. De là date sa décision de déserter plutôt que d’abandonner l’Algérie… Il n’hésitera pas très longtemps… De là datent, aussi, nos premières réunions clandestines, de là date cette amitié qui, aujourd’hui encore, m’honore autant qu’elle me brise le cœur.

Il était là, présent, pendant le putsch… Je l’ai vu prendre des colères, j’ai partagé son désespoir et puis, ce fut la fin… Il devait s’enfoncer dans la clandestinité… Il poursuivrait la lutte. Il était en tenue léopard, avec ses galons, moi en tenue civile. Nous avons échangé nos vêtements en scellant ce lien qui ne devait plus nous séparer. Il a disparu dans la nature. Je me suis fait arrêter dans le tunnel des Facultés…

Dans l’enfer de la Caserne des Tagarins, à cause d’un ordre de mission signé Salan oublié dans la veste de son uniforme, sous les tortures les plus raffinées des sbires vietnamiens du sieur Debrosse, un seul espoir me soutenait et me permettait de supporter l’insupportable : mon ami Roger était libre. Il allait devenir le pilier armé de cette Résistance française que lui seul était capable de mener à bien…

L’Histoire dira un jour que l’arrestation de DEGUELDRE a sonné le glas de l’Algérie Française, qu’un Général a préféré mettre fin à ses jours plutôt que de condamner à mort, sur ordre, le dernier des patriotes… Il restera, à jamais, celui qui a su rallier tout un peuple à un espoir énorme et fou, qui, s’il a été déçu, garde, au moins, le mérite d’avoir existé !

Je ne veux pas évoquer ici son assassinat qui fut une boucherie. La salve l’ayant épargné, la sentence ayant été exécutée, et Dieu ayant préservé celui qui fut un des meilleurs de ses fils, je veux dire seulement la douleur et le regret que j’éprouve encore de n’avoir pas été présent pour me coucher sur lui et lui faire un rempart de mon corps afin que vive encore, dans cette France décadente où plus rien n’a de valeur, l’esprit chevaleresque qui l’illuminait.

Il a choisi la voie de l’honneur, et la fidélité à la plus noble des causes. Ce soir, son souvenir en moi brille comme un pur diamant…. Symbole de résurrection et de vie en Christ …

Henri AVELIN
Secrétaire Général de VERITAS
Jusqu’à son décès le 30 juin 2012

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