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ALGER 1944 : L’attentat contre le général GIRAUD

, par  Manuel Gomez , popularité : 1%
Cet article provient d'une source externe à NJ

Nous sommes le 28 août 1944 et il est 18 h. 45.

Relégué par De Gaulle en résidence surveillée à Mazagran (près de Mostaganem), le général Giraud se promène en compagnie de sa belle-fille et de son petit-fils dans le jardin de la villa. Une balle, tirée par un tirailleur posté à cinq mètres derrière lui, l’atteint à la nuque.

Il a 63 ans.

La balle entre sous le maxillaire gauche et ressort sous le médullaire en ne touchant que des parties molles.

Seule une dent a sauté.

Un petit geste de la tête vers sa belle-fille lui a sauvé la vie.

Le tireur sera découvert moins d’une heure après : c’est un soldat Arabe.

Condamné à mort, De Gaulle refuse sa grâce, demandée par le général Giraud en personne.

Il ne parlera pas, avant d’être exécuté sans délai quelques jours plus tard, affirmant seulement « avoir été trompé… ».

L’enquête n’aboutira pas et pourtant il était facile pour les renseignements généraux de retrouver la jeep militaire qui avait conduit sur place le tireur et remonter ainsi vers les organisateurs !

Si l’assassinat de l’amiral Darlan avait été mené de main de maître, ce ne sera pas le cas de celui préparé contre le général Giraud.

Il a été décidé par De Gaulle dès le lendemain de la conférence qui s’est tenue à Casablanca du 14 au 24 janvier 1943, dans le quartier d’ANFA, près de l’aéroport et de l’hippodrome.

Les Américains avaient débarqué sur les côtes nord-africaines deux mois plus tôt. Ils étaient, enfin, entrés en guerre.

Considéré comme inexistant par Roosevelt, De Gaulle avait été totalement tenu à l’écart de l’opération « Torch » et son avis n’avait même pas été sollicité par les « Alliés ».

Informé par Churchill, une fois l’opération engagée, De Gaulle ne peut s’empêcher de s’écrier : « J’espère que l’Armée française les rejettera à la mer » (en parlant des américains et cela prouve sa très grande colère).

Surtout lorsqu’on l’informe que le maréchal Pétain a envoyé le général Giraud rejoindre l’Algérie afin de prendre le commandement de l’armée d’Afrique, qui libèrera la France, et qu’il vient de nommer l’amiral Darlan, Haut-commissaire en Afrique Française.

Pour De Gaulle, derrière son micro, à Londres, l’affaire est cuite, toute son ambition est réduite à néant.

Les Américains ne lui font aucune confiance et Roosevelt traite directement avec Darlan.

Deux jours après le débarquement, suite à l’arrivée du général Giraud, l’amiral Darlan adresse, le 10 novembre, la décision suivante (97/M) :

- “L’armée d’Afrique d’un seul élan s’est rangée derrière le Général Giraud et moi-même aux côtés des Américains et de leurs alliés pour délivrer la France et le Maréchal du joug allemand.

Depuis, la flotte de Toulon s’est sabordée pour ne pas tomber aux mains de l’axe.

Notre devoir se trace de plus en plus nettement : Marcher unis et disciplinés pour, aux côtés des alliés, combattre et vaincre l’axe.”

(Document authentifié par le général Mast, chef de la région militaire française auprès des forces alliés et remise par le capitaine aviateur Georges Ducasse, mort pour la France le 10 août 1943, à son fils Alexis.)

Il devient urgent, pour De Gaulle, de reprendre le contrôle de la situation.

Le 24 décembre 1942, quelques jours après cette déclaration, l’amiral de la flotte Darlan est assassiné.

Un jeune gaulliste de 20 ans, Fernand Bonnier de la Chapelle, l’exécute, obéissant aveuglément aux “conseils, indications et plans” fournis par l’abbé Cordier, lui-même sous les ordres d’Henri d’Astier de la Vigerie.

L’organisation de cette exécution est confiée aux deux frères d’Henri, François, qui donne le feu vert de De Gaulle, et Jean-Bernard (cela sera confirmé par la veuve de celui-ci).

L’entourage de De Gaulle tentera de faire “porter le chapeau” au comte de Paris, auquel étaient liés les Astier de la Vigerie, sous le prétexte d’un rétablissement de la royauté.

Si Roosevelt a décidé de lancer l’Amérique dans cette guerre, qui jusqu’alors ne la concernait pas, c’est qu’il a un autre objectif bien précis : mettre la main sur l’Europe, sur toute l’Europe y compris la France.

Le but de Roosevelt est d’englober dans les États-Unis d’Amérique les États-Unis d’Europe sur le même modèle

Le président des États-Unis ne tenait absolument pas à la présence du « général de Londres » lors de cette conférence.

Le seul représentant de la France devait être le général Giraud, récemment arrivé à Alger et immédiatement installé comme commandant en chef de l’Armée d’Afrique.

Roosevelt n’hésite pas à déclarer à Churchill : « Nous devons nous séparer de De Gaulle, parce qu’il s’est montré déloyal et indigne de la confiance de nos deux gouvernements et parce que ces derniers temps il s’intéresse bien davantage aux intrigues politiques qu’à la poursuite de la guerre »

Le but « officiel » de cette conférence était de « préparer la stratégie des alliés pour un débarquement sur les côtes françaises ».

Churchill tient absolument à ce que De Gaulle assiste à cette conférence.

Le problème est que, d’une part, ni Roosevelt, ni Giraud, ne souhaitent le rencontrer et que, d’autre part, De Gaulle refuse d’être placé hiérarchiquement sous les ordres du général Giraud.

Churchill se voit donc devant l’obligation de menacer De Gaulle de le virer d’Angleterre s’il n’accepte pas cette confrontation

Contre sa volonté le « général de Londres » est donc présent et les Alliés finissent par obtenir cette fameuse poignée de mains entre les deux généraux qui se détestent et dont la photo fera le tour du monde.

F. D. Roosevelt pose immédiatement ses deux conditions principales :

1 - Il faut que les marchés européens s’ouvrent dès leur libération aux produits américains.

2 - Il faut que l’empire colonial français soit décolonisé dans les 30 années à venir.

Le général Giraud quitte immédiatement la réunion en claquant la porte.

De Gaulle reste et accepte…on connaît la suite.

Il a souscrit sans le moindre scrupule à ces conditions qui peuvent lui permettre d’atteindre ses objectifs principaux :

*Acquérir une légitimité qu’il est loin d’avoir,

*Rester le seul interlocuteur français auprès des Alliés et préparer ainsi son destin national : devenir l’unique chef de la France Libre.

Cela a toujours été sa seule ambition et pour l’atteindre il accepte de vendre son âme de patriote et surtout de « vendre » la France.

Roosevelt souhaite savoir si d’autres gouvernements européens sont prêts à adhérer à son immense projet, en dehors de l’Angleterre, et à commencer par la France.

Il a envoyé auprès du général Giraud, commandant en chef civil et militaire, Jean Monnet, son représentant français (il sera plus tard l’un des pères fondateurs de l’Union Européenne) afin qu’il négocie la création du Comité Français de Libération Nationale.

Justement pour contrer les ambitions du « général de Londres » comme il se plaît à le nommer !

Je veux bien mettre au crédit de De Gaulle qu’il n’a pas souscrit, après la victoire, à ce que la France devienne une « colonie » de l’Amérique, mais cela prouve que sa soif du pouvoir personnel, à cet instant-là, était sa seule priorité.

(Davantage de détails dans mon livre « J’accuse De Gaulle » édition 2016.)

Roosevelt ne veut toujours pas de De Gaulle parmi les « Alliés » : « De Gaulle, dit-il, a une mentalité de fasciste. C’est un opportuniste sans scrupule, un ambitieux au dernier degré. Il est décidé à installer une dictature en France. Il n’y a aucun homme en qui j’ai moins confiance. N’a-t-il pas dit à Giraud que la France aurait besoin d’une « révolution sanglante ».

Dès son retour à Washington Roosevelt se confie à sa femme, Eleanor, sur ce qu’il pense de De Gaulle : « Le général est un soldat, patriote certainement, dévoué à son pays, mais en revanche, c’est un politique et un sectaire et il y a chez lui, je crois, tous les attributs d’un dictateur ».

Giraud prend dès lors diverses décisions abrogeant les ordonnances discriminatoires de Vichy et invite De Gaulle à le rejoindre à Alger.

Cette dernière décision prouve sa grande naïveté politique. Elle lui a presque couté la vie !

De Gaulle installe son état-major à Alger, villa des Glycines et, le 5 juin 1943, sur Radio Alger, il peut s’écrier : « Alger est désormais la capitale de la France combattante. »

Il a atteint son objectif : éliminer Giraud et devenir l’unique chef de la « France Libre ».

Désormais la voie vers le pouvoir lui est ouverte.

Voir en ligne : http://magoturf.over-blog.com/2017/...

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