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25 Septembre : Hommage aux Harkis et regard lucide sur la colonisation.

, par  vanneste , popularité : 1%
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images (42)La colonisation est un mouvement inévitable de l’Histoire. Sa condamnation actuelle est stupide ou hypocrite. Lorsque des peuples mieux organisés, plus puissants sur le plan militaire, plus avancés par leurs moyens logistiques et techniques veulent trouver de nouvelles ressources, de nouveaux débouchés à leurs produits, de nouveaux territoires pour leur croissance démographique, ou tout simplement affirmer leur force par rapport à leurs rivaux, ils occupent des territoires extérieurs, de simples comptoirs commerciaux parfois, mais aussi d’immenses territoires. Ainsi en a-t-il été des Grecs et des Phéniciens, des Romains et des Carthaginois, des Espagnols, des Portugais, des Hollandais, des Anglais, des Français, des Allemands et des Russes jusqu’à ce que le monde soit à la fin du XIXe siècle presque entièrement dominé par les Européens, à l’exception notable des Etats-Unis, une ancienne colonie qui depuis est devenue la première puissance mondiale, en pratiquant souvent une forme de colonisation plus subtile sur les anciennes colonies des autres. La colonisation a des effets qu’on peut juger heureux ou malheureux. Les Français ont été, paraît-il, des Gaulois heureusement colonisés par les Romains. Chaque pays a cultivé un style et des méthodes de colonisation qui lui étaient propres. Les Espagnols ont donné une grande place à la conversion religieuse. Les Portugais on fait largement appel à l’importation d’esclaves. Les Hollandais ont mis l’accent sur le commerce. Les Anglais ont poursuivi quatre objectifs avec succès : le contrôle des mers, la recherche de débouchés, des territoires à peupler et d’autres à exploiter. Les Français ont connu deux époques : sous la Monarchie, l’intention économique l’emportait, au XIXe siècle ce fut un mélange de vanité issue de la mélancolie napoléonienne, d’exploitation, peu rentable d’ailleurs, et le tout recouvert par le devoir de « civiliser les peuples inférieurs ». Les résultats sont aussi très contrastés. Les Anglais ont peuplé d’immenses territoires qui permettent à leur culture et à leur langue de dominer l’univers. Ils ont quitté leurs autres possessions sans trop de heurts et en gardant la plupart du temps des rapports corrects avec elles dans le cadre du Commonwealth. Ce fut plus difficile pour les Espagnols qui perdirent leur colossal empire dans la guerre mais qui ont laissé après eux d’immenses régions où l’on parle espagnol et où on est catholique. La colonisation avec continuité territoriale est plus solide que celle qui se fait outre-mer. L’Est de la Russie, l’Ouest des Etats-Unis sont des colonies « incontestables ». Curieusement, les invasions sont considérées comme plus légitimes que les colonisations. La Turquie actuelle, ou l’Algérie sont ainsi de vieilles terres grecque ou berbère, colonisées ou plutôt envahies par les Turcs ou les Arabes.

L’Algérie est le produit des hésitations et des errements de la colonisation française. A la veille de s’écrouler, la monarchie restaurée plante le drapeau blanc fleur-de-lysé sur Alger, pour venger son honneur, mais surtout pour débarrasser la méditerranée occidentale des pirates esclavagistes qui y ont leur port. La France royale veut y trouver un peu de cette gloire que conserve l’Empire dans la mémoire des Français. En s’enfonçant dans la terre africaine au gré de ses régimes changeants, la France va faire tout et son contraire. Elle va s’abstenir de prosélytisme religieux y compris à l’égard des Kabyles qui avaient pourtant été chrétiens avant l’invasion musulmane. Mais elle va accorder la citoyenneté française aux juifs sans l’étendre aux musulmans, si ce n’est tardivement. Elle va opérer une oeuvre médicale importante qui va permettre à la démographie locale de croître, mais dans le même temps elle va faciliter un peuplement européen en provenance de l’Alsace-Moselle annexée, mais aussi d’Espagne et d’Italie. Elle va réaliser de nombreuses infrastructures qui font de l’Algérie l’un des pays les plus développés du continent. Elle va jusque dans les dernières années de la présence française vouloir le développement économique et social de l’Algérie avec le Plan de Constantine de 1958 à 1963. Avant l’indépendance, 800 000 jeunes musulmans sont scolarisés. Le gaulliste de la première heure, Jacques Soustelle, ethnologue peu coupable de racisme, voulait l’intégration complète des Algériens aux Français. Le général de Gaulle n’y croyait pas et pensait que l’eau et l’huile ne pouvaient que se séparer. C’est ce qui se fit dans le sang avec l’exode des Pieds-Noirs chassés de leur pays, le massacre et la fuite éperdue des musulmans qui avaient fait confiance à la parole de notre pays, ceux qu’on appelle les Harkis. Des dizaines de milliers ont été assassinés dans des conditions horribles. Les autres, avec à leur tête le Bachaga Boualam, qui a été Vice-Président de notre Assemblée Nationale, Français musulmans rapatriés, ont été de vrais réfugiés en France, souvent moins bien accueillis que ceux d’aujourd’hui, lesquels sont surtout des migrants économiques..

Le 25 Septembre leur est dédié. J’ai personnellement participé activement à l’élaboration et aux votes des lois de 1994 et de 2005 instaurant une reconnaissance et une réparation à leur égard. La France, dans cette tragédie, a sali son honneur. La cruauté des traitements infligés aux Harkis au mépris des accords d’Evian par le pouvoir algérien est d’une totale abjection. Il faut aujourd’hui que les Français soient lucides sur ce passé et qu’ils voient en cette journée le signe qu’il est possible à des musulmans d’être des Français à condition de le choisir et de le vouloir vraiment. Les Harkis et leurs descendants ne sont pas des Français de papier. Ils le sont par le sang, le sang versé.

 

Voir en ligne : http://www.christianvanneste.fr/201...

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